Bonne mère
(Quand l’œuf dure)
« Film » de Beckett reste le film de la chambre obscure et de l’absolu épuisement. Les déplacements du personnage anonyme incarné par Buster Keaton se transforment en immobilité absolue. Le filmique endosse pleinement les forces du vide, du visible, de l’invisible dans la configuration de chaque plan. La restitution clinique d’un quotidien est aussi banale qu’absurde où survit le tarissement d’un « dialogue » impossible entre une mère et un fils.
L’œuvre reste le film catastrophe par excellence. Des destructions se mettent en place – psychologisation du personnage compris. Surgit l’effacement à soi et au monde dans la littéralité la plus « crasse ». La seule présence est celle du temps face à un corps et des choses en un présent sans présent. D’où l’épuisement total du cinéma. Et sa recréation. La question de Beckett demeure en filigrane : « Mère, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
jean-paul gavard-perret
Photo Sheila Metzner