La Salle de bains
Dès demain et de nouveau tu vas poser sur ta table le vase d’où montent des bouquets de flammes. Par l’éphémère, tu prends ta revanche sur le temps qui passe silencieux, presque intraduisible.
Car certaines choses restent et resteront ainsi, elles échappent même aux drapés de l’incarnation mais elles n’en ont pas moins des cachettes subtiles pour tes trésors d’enfants. Ils sont inestimables car ils te sauvent mais tu hérites aussi des cicatrices de tes plus beaux combats, parfois en te sacrifiant dans l’urgence du face à face.
Est-ce un maladroit amour qui s’obstine ? De toute façon, nous finissons toujours, avec le temps, par relativiser les blessures car nous héritons d’une sève ombilicale à plusieurs noyaux, et chacun d’eux pulse comme une étoile immense, dont les diffractions forment des univers parallèles.
Tu les vois fragmentées dans la galerie des miroirs de ta salle de bains. Ils ne cessent de parler de toi entre eux. Leurs mondes sont habités par une myriade d’êtres qui te sont familiers. Mais il y a aussi des inconnus (pour eux) qui éveillent des mystères et des sensations sensuelles si indistinctes qu’elles semblent se disperser.
Mais leurs reflets te frôlent dans ton espace. Néanmoins, pour le dire, il faudrait écrire dans une langue inconnue qui semble proche et qui pourtant résiste à toute certitude. Peut-être une sorte de Suisse…
jean-paul gavard-perret
photo Rurh Ortkin