La bouche sans lèvres
Seulement langue, mais lèvres incapables d’émettre ( ah labiales ! labiales ennemies !). S’insinue loin d’elles une trêve, une dérive où plaques d’ondes rampent et grouillent. Tout se dit désormais en bouche sans lèvres à force d’avoir été mordues. Leurs forces finissent par s’user, pourrir et mourir. A ce titre, articulons à leur sujet le mot « charnier », car il se prononce sans elles.
La bouche n’est pas morte. Reste une frénésie qui parle de situations et même d’incertitudes. Sachons que les mots s’accumulent et ce, dès que les lèvres conspiraient à l’inutile. Sans elles, nos forces souterraines tiennent de briques et de pierres. C’est une raison d’être, bien aise, bien derrière, bien glaise, ou bien argile. Abandonnées, rien n’est effondré mais subsistons de leurs ruines.
jean-paul gavard-perret
Photo : Luja Elvezi Swabo