Khaled Hosseini, Les Cerfs-volants de Kaboul

Khaled Hosseini, Les Cerfs-volants de Kaboul

Structuré autour de la question de la rédemption, ce roman met en scène un enfant afghan dont le destin est la métaphore de son pays

Je suis devenu ce que je suis aujourd’hui à l’âge de douze ans, par un jour glacial et nuageux de l’hiver 1975. […] je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé : il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface.
Le passé pour Amir, héros jumeau de son auteur, Khaled Hosseini, c’est Kaboul, bien avant l’arrivée des Soviétiques, sous Zaher Shah. Un destin parti sous de bons auspices : famille pachtoune aisée, enfance choyée, comme une longue journée d’été passée à faire voler les cerfs-volants avec son inséparable compagnon malgré l’histoire, les ethnies, la société, la religion : Hassan, un garçon Hazara. Ceci n’empêche pas Amir d’être rongé par un sentiment permanent de culpabilité : la mort de sa mère en le mettant au monde, et bientôt le viol de son camarade auquel il assiste sans le défendre. Lâcheté, trahison, mensonges – le prix à payer pour gagner l’amour de son père – pèsent sur ce destin doré et le dégradent.

Jusqu’à la cassure de l’Histoire : en 1978, le coup d’État communiste ; en 1979, les chars russes. Amir et son père fuient Kaboul avec deux valises. L’Amérique sera leur terre d’asile et celle de toute une communauté afghane qui tente de perpétuer ses règles patriarcales malgré l’obligation de s’adapter à un mode de vie radicalement différent. Pour ces Afghans plutôt mélancoliques, cette nouvelle vie est une école d’optimisme. Mais l’Afghanistan des talibans fait désormais parler de lui dans le monde entier. Pour Amir, c’est l’époque où se manifeste à lui son passé : resurgissent les mauvais souvenirs mais il existe un moyen de se racheter des fautes inexpiées. Sans hésiter Amir va repartir à Kaboul se confronter à la réalité désormais tragique et cette fois accomplir son devoir, renouant ainsi le fil qui le liait à Hassan.

Trahison et rédemption. La rédemption est-elle possible ? Peut-on changer son destin ? Le roman se structure autour de cette interrogation permanente, mettant en scène les facettes d’un enfant qui grandit dans l’angoisse et la solitude, détenteur d’un secret inavouable. Le pays qui entre dans une tourmente de plus en plus irréversible en est comme la métaphore visible. Amir est la personnification de l’Afghanistan lui-même. D’une société paisible, le pays se retrouve bouleversé, occupé puis, devenu un champ de ruines, livré aux massacres des talibans, à la misère. Tout se vend pour pouvoir manger, spécialement les enfants.

L’intérêt du roman de Khaled Hosseini se situe à deux niveaux. C’est d’abord un document unique semble-t-il sur la société afghane traditionnelle avant les grands bouleversements de 1978, sur l’art de vivre de ses nantis, un art plein du charme des roses, mosaïques, marbres, tapisseries, et odeurs de tabac et de cannelle. Mais également sur les cruautés réservées aux classes inférieures, privées d’éducation, soumises, à qui des huttes sommaires doivent suffire. La description du Kaboul des talibans est vraiment poignante, d’une grande force.
C’est aussi la révélation d’un écrivain à la rencontre de deux cultures. Son histoire est portée par une humeur qui témoigne d’un héritage des conteurs orientaux rompus à l’art de narrer, et cela avec le même bonheur. En même temps la structure du récit relève d’un pragmatisme et d’une logique qu’on sent acquise au contact d’une vision américaine du roman, dont résulte un ensemble absolument rigoureux. Ces deux caractéristiques se conjuguent pour donner au lecteur une véritable intensité de lecture, malgré une écriture qui n’a pas trouvé la même force. Ce que l’on regrette, car plus qu’un premier roman attachant, parfois terrible, souvent prenant, facile à avaler d’une traite, on aurait pu avoir là un très grand livre.

Lire l’entretien avec Khaled Hosseini.

NB – Ce roman a été couronné par le Grand prix des Lectrices de ELLE 2006 dans la catégorie « Romans ».

c. d’orgeval

   
 

Khaled Hosseini, Les Cerfs-volants de Kaboul (traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois), Belfond, avril 2005, 383 p. – 20,00 €.

 
     
 

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