Karine Giébel, Satan était un ange
Avocat de renom , François Davin, fuit ce qu’il croyait être une vie idéale, une vie qu’il sait depuis peu en sursis. Quand François décide de faire monter un jeune auto-stoppeur dans sa voiture de luxe, il est loin de se douter des ennuis qui l’attendent. Paul cache en effet de lourds secrets derrière sa gueule d’ange, mais sa jeunesse, sa bonne humeur et sa spontanéité séduisent d’emblée François, et il pense avoir trouvé en Paul un compagnon de route, une route semée d’embûches qui les conduit vers le Sud de la France. Marseille devrait être l’étape ultime de leur voyage, mais elle marque le tournant de leur relation. Les deux nouveaux amis, se retrouvent poursuivis par de dangereux truands, et François découvre ainsi le véritable visage de l’ange déchu qui l’accompagne. Il pourrait alors décider de l’abandonner mais, quitte à rencontrer la Mort au bout du chemin, autant que le périple en vaille la peine ! Autant Vivre comme on ne l’a jamais fait auparavant…
Tout sépare les deux héros de ce huitième roman de Karine Giebel : âge, rang social, fortune, éducation …et pourtant leurs trajectoires complètement improbables finissent par les réunir. L’un est à bout de souffle, et en bout de course, l’autre respire la vie et veut justement en commencer une nouvelle. Et ces deux écorchés vifs vont peu à peu s’apprivoiser, ce qui fait toute la force de ce roman dont l’intrigue reste un peu trop classique. Cette course-poursuite entre truands, dans laquelle un innocent se trouve entraîné, est présente dans de nombreux films ou romans noirs, où la pègre règne et dissémine sa corruption avec violence. On pourrait donc reprocher à l’auteure de nous livrer du déjà-vu, et une intrigue un peu trop facile. Pourtant, au bout de quelques chapitres, le charme commence à opérer, et on se demande comment cette relation (chaste et sans ambiguités !) va évoluer. L’ange déchu finira-t-il par trouver son propre paradis, ou entraînera-t-il son compagnon d’infortune vers les abysses ?
Outre cette relation riche en contradictions, l’auteure nous livre dans la dernière partie du roman de quoi conserver notre intérêt. S’inspirant de faits réels, elle nous montre les travers honteux de notre société de consommation qui oublie les plus démunis et exploite leur misère sous des formes particulièrement démoniaques. Je ne vous révèlerai bien sûr pas ces ultimes rebondissements qui apportent plus de crédit à l’histoire et qui nous ne nous font pas regretter d’avoir tenu jusqu’aux dernières pages. L’asphalte défile parfois avec quelques longueurs, mais les ressorts du polar classique sont maîtrisés et ponctués ici et là de quelques extraits des Fleurs du mal de Baudelaire. La clepsydre infernale accélère son décompte à chaque page, et l’on sait bien que face à la Mort,le temps nous est tous compté. Alors peut-être que nous aussi nous laisserons un jour une chance à un Paul, ange aux ailes coupées, tombé parmi les hommes.
franck boussard
Karine Giébel, Satan était un ange, Fleuve Noir, 2014, 336 p. – 18,90 €.