Valérie Linder, Une lettre d’amour

Valérie Linder, Une lettre d’amour

Les récits plastiques de Valérie

Valérie Linder aime brouiller les pistes. Dans ce but, elle crée des « collages physiques » entre l’image et le mot afin que le récit soit une fameuse idée qu’elle exagère en inventant divers hiatus dans les figurations qu’elle y introduit. Si bien que, dans une telle lettre d’amour qui ne « s’écrit » pas vraiment, il ne s’agit plus de faire prendre des vessies pour des lanternes. Le « corps objet » prend un sens particulier par fouille et reprise et hors de raisons cathartiques, morales, psychologiques. L’artiste s’amuse avec les images mais afin qu’elles restent gravées dans notre mémoire par des constructions mentales susceptibles de casser les identités fantasmatiques.
Valérie Linder donne au corps exhibé de la femme (et parfois de l’homme) la consistance d’un organe plein où par la conversion du dessin émergent le réalisme de la nuée déchirée et la clarté déchiffrable. Celles-ci éliminent l’idée d’une nature féminine, douce, fragile, faible et qui doit être protégée par un homme puissant et viril. Par ces récits plastiques, le voyeur est comme devant des bijoux : ravi. Mais il n’est plus ravi devant de tels bijoux.

Autour d’eux louvoie une forme de volupté que caressent des mots loin de toutes nostalgies. En bottes, yeux en amande, anneaux aux oreilles – ou tout autrement – les femmes font penser à des Gitanes abandonnées, sauvages et sévères, aux jambes de ballerine et prête à un furtif baiser dans lequel l’essence même du dessin fait entrer dans sa vibration. C’est une illusion car le dessin ouvre la faille de l’absence. Le désir reste celui que l’écriture et le dessin ne combleront jamais. Mais ils font mieux : ils l’enchantent.
Reste l’attente, le rire amusé par effet de souffle comme tatouage du temps plus ou moins revenant. La créatrice l’entoure mais ne ferme jamais son cercle ; il devient même l’arête vive d’un seuil, sa marque indélébile. Entre passé et futur, le présent se conjugue. Surgit l’infusion effrontée, téméraire, palpée sous tous les pores de la peau impérieuse, mi-rosée mi-perle, mi-nymphe mi-soleil, mais surtout chair appétissante qui transgresse ses saisons de son tanin.

jean-paul gavard-perret

Valérie Linder, Une lettre d’amour, Editions Potentille, 2014, 32 p. – 8,00 €.

Laisser un commentaire