Julie de Waroquier, Rêvalités – Dreamalities
Julie de Waroquier préfère mettre en scène le monde plutôt que le figer. La photographie perd sa fonction mémorielle et réaliste : elle ouvre à une combinaison narrative surréaliste entre la présence « objective » du dehors et l’imaginaire qui le réorganise entre tensions et légèreté. Existent souvent dans les œuvres de l’artiste des références implicites comme si l’inconscient faisait jaillir des substrats de « vieilles » images auxquelles Julie de Waroquier offre sa propre interprétation.
La femme (l’artiste elle-même parfois ou souvent) reste le centre d’une telle quête. Se « dirigeant », l’artiste maîtrise le processus de création tout en ne se présentant pas en tant que sujet mais comme un personnage. En ce sens, elle « cache » souvent son propre visage afin d’éviter une mimesis trop prégnante.
L’artiste « défend » une photographie féminine plus que féministe et si l’homme n’est pas présent, là encore il s’agit moins d’un choix qu’une « pente » naturelle là où tout est scénarisé au sein d’éléments premiers. Ils deviennent aux aussi des personnages à part entière. Chaque prise est superbement montée en une approche poétique du monde. La femme est saisie au fil du temps dans des espaces nimbés de mystère et au sein de récurrences implicites. L’ espace de la rêverie, la présence d’une mythologie n’est jamais loin.
La femme navigue souvent de manière précaire entre puissance et fragilité. C’est peut-être là que se situe la part la plus secrète et « autofictionnelle » d’une œuvre photographique majeure.
jean-paul gavard-perret
Julie de Waroquier, Rêvalités – Dreamalities, 2018.
