Joseph O’Neill, Netherland

Joseph O’Neill, Netherland

Une réflexion sur l’horizontalité après le 09-11

 Mais si. Mais si, vous connaissez. C’est dans tous les journaux de cette rentrée. « Le roman préféré d’Obama ». « Barack l’adore. »… Avec la photo de l’auteur à côté. Brun, mûr, plutôt viril, même si le T-shirt flotte un peu autour des biceps. La batte sur l’épaule constitue pourtant le deuxième argument de vente  : Netherland est un roman sur le cricket, ce sport connu de tous, compris de personne. Pas même du Président  : « C’est un livre formidable, même si je ne connais rien au cricket », déclarait-il au printemps dernier dans une interview à la BBC.
On le voit  : Netherland s’appuie sur un plan marketing organisé. Le roman l’est également. Trois temps  : après le 11-Septembre, un couple explose, se sépare, se réconcilie. Deux lieux  : New York et Londres. Un personnage principal  : Hans, le mari (et père du petit Jake), depuis son anéantissement jusqu’à sa renaissance. Entre, il y a Chuck Ramkissoon, immigré de Trinidad, personnage extravagant, louche et attachant à la fois, dont le grand projet est de construire un stade de cricket à New York.

Mais pourquoi le cricket  ? Première réponse : c’est une activité humaniste  : Avant le début du match, Ramesh, un membre de notre équipe, nous attira en cercle pour une prière. Nous nous tenions par les épaules – il y avait là trois hindouistes, trois chrétiens, un sikh et quatre musulmans. Deuxième réponse  : Hans est à terre, il ne doit pas juste rebondir, il doit décoller. Les trois chapitres du livre exposent un des grands principes du cricket  : Hans, il faut que tu nous envoies ce truc en l’air. Comment tu veux marquer des points sinon  ? C’est l’Amérique, ici. Frappe en l’air, mon vieux.
Et pourquoi ce titre  ? Que Hans soit hollandais, et qu’O’Neill y ait vécu, ne constitue pas une réponse. Non, une première piste serait étymologique  : Netherland se traduit en français par Pays-Bas. Le nom associe nether = lower (plus bas) et land. New York, en perdant ses tours jumelles, serait donc devenue, d’une certaine manière, un Netherland. Une seconde piste serait liée au cricket  : dans ce sport, si la balle s’envole, ce n’est pas pour aller haut, c’est pour aller loin. Chuck appelle ça « jouer profond. »

Alors que dans L’homme qui tombe, DeLillo abordait les conséquences du « 09-11 » sur le thème de la verticalité (l’artiste de rue, le compte à rebours…), O’Neill propose lui une réflexion sur l’horizontalité. Si les tours sont vulnérables, si, à l’image du Chelsea Hôtel où séjourne Hans, elles ne donnent lieu qu’à une cohabitation somme toute stérile entre les hommes, pourquoi ne pas miser sur l’extension en plan  ? Londres serait alors le pays bas. Et les dernières lignes du roman, où la famille réunie contemple depuis l’Œil de Londres la capitale anglaise, énorme, véritablement énorme  ; dans toutes les directions, vers des collines lointaines, apporteraient une réponse à l’épigraphe de Walt Whitman  :  J’ai rêvé que dans un rêve je voyais une cité invincible
Devant les attaques du reste de la terre  ;
J’ai rêvé que c’était la nouvelle Cité des Amis
.
(Note du critique : Que la capitale britannique ait également fait l’objet d’une attaque terroriste n’a pas échappé à O’Neill, mais il balaye cette contradiction d’une simple apposition : « l’attentat du 7 juillet – un fait effrayant mais pas trop déstabilisant, finalement -« .

Une idée nouvelle (et curieuse, entre nous) sur un sujet déjà beaucoup traité, une structure classique à l’intérieur de laquelle le récit se développe librement (les paragraphes se succèdent en mélangeant allègrement temps, lieux et personnages)  : Netherland séduit.
Mais ne convainc peut-être pas complètement au regard des romans récents auxquels il fait penser  : O’Neill n’écrit pas comme DeLillo, les affres du couple Calloway chez McInerney émeuvent davantage que celles d’Hans et Rachel, et les soliloques du Frank Bascombe de Richard Ford ont autrement plus d’épaisseur que ce que nous offre O’Neill.
Maintenant, que ces considérations ne vous dissuadent pas de lire Netherland. Vous pouvez le lire. Yes, you can.

 

g. menanteau

   
 

Joseph O’Neill, Netherland, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke, Editions de l’Olivier, août 2009, 297 p. – 22,00 €

 
     
 

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