Joël Cornette, Anne d’Autriche. La régente absolue

Joël Cornette, Anne d’Autriche. La régente absolue

On dit que les circonstances font l’homme. Mais la femme aussi. Que dirions-nous d’Anne d’Autriche, l’épouse de Louis XIII, si elle n’avait pas exercé la régence au nom de Louis XIV, son fils de cinq ans ? Sans nul doute ce qu’on écrit sur sa belle-fille et nièce, Marie-Thérèse d’Autriche : une reine insipide. Or, le destin en décida autrement, et elle devient sous la plume alerte de Joel Cornette, fin connaisseur du XVIIe siècle, « la reine absolue »

Reine, elle le fut en fait très tôt puisque son mariage avait été imaginé afin de favoriser cette alliance franco-espagnole si chère aux dévots et à Marie de Médicis. Un mariage malheureux du fait d’un Louis XIII peu habile avec les choses de la chair mais pas abstinent comme le prouvent les nombreuses fausses couches de la souveraine. Mais aussi à cause de la politique de Richelieu déterminé à abattre la puissance des Habsbourg, en fait de son père puis de son frère de Madrid. Une reine espionnée, isolée, compromise dans des complots qui relèvent bien, selon l’auteur, de la trahison.

Les années de la régence occupent la majeure partie du livre, la plus passionnante. En plus de rendre intelligible l’histoire de la Fronde – ce qui relève d’un exploit ! -, l’auteur dresse un portrait fouillé, précis et juste de la souveraine. Ainsi se révéla-t-elle une politique avisée, sachant dissimuler, manœuvrer, agir, comme transformée d’une part par la maternité et d’autre part par sa responsabilité de régente qui lui commandait de transmettre au roi son fils une couronne étincelante et un Etat solide. En fait, elle devint parfaitement Française, elle si longtemps suspectée d’être trop Espagnole.

Il est bien sûr impossible de faire l’impasse sur celui qui la forma aux arcanes de la politique, le cardinal de Mazarin, choisi par Richelieu lui-même malgré leurs considérables différences de caractère. Pas d’amour charnel mais peut-être de réels sentiments entre eux, et en tous cas une estime profonde et une confiance absolue.

Pieuse elle le fut, et même avec passion. Nous lui devons le Val-de-Grâce, copie en miniature de son cher Escorial. Mais aussi conquête et séduisante, aimant le théâtre et l’opéra naissant, mécène. Détestée aussi comme le prouvent les terribles libelles contre elle, à caractère pornographique, qui annoncent ceux sur Marie-Antoinette. Car la Fronde est aussi une révolution se déroulant en même temps que la révolution anglaise. Et enfin triomphante de tous ses ennemis, prête à reculer, et même à s’enfuir quand il le fallait, mais aussi à pactiser avec l’adversaire en position de force.

Ce qui triompha avec Anne d’Autriche et Mazarin, ce fut l’absolutisme. A ce titre, cette reine espagnole francisée par son histoire et celle du royaume œuvra à la grandeur de son fils et du royaume. Elle méritait donc cette très belle biographie.

Joël Cornette, Anne d’Autriche. La régente absolue, Gallimard, mars 2025, 478 p. – 25,50€.

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