Joanna Pitman, Les Blondes – une drôle d’histoire, d’Aphrodite à Madonna
Histoire d’une fascination universelle pour une couleur de cheveux…
Il devrait être possible de faire l’histoire de la blondeur comme de faire celle de la neige. C’est à ce propos clair que s’attache l’auteur, blonde elle-même, qui, après avoir noté en Afrique le pouvoir d’attraction de la couleur de ses cheveux, a décidé de retracer ce fil d’or au fil du temps :
Tout au long de l’histoire, des millions de femmes eurent cette envie de devenir blondes et le résultat fit tournoyer la tête de millions d’hommes.
De fait, Aphrodite, déesse de l’amour et de la fertilité avait des cheveux de la couleur du soleil. L’Aphrodite de Cnide est célèbre dans une antiquité qui vénère l’or. Des Germaines blondes coupaient leurs cheveux pour les vendre aux Romaines. L’impératrice Messaline eut aussi du feu sur les cheveux. Comme Poppée, sur le bûcher de laquelle on brûla plus de parfums que l’Arabie n’aurait pu en fournir en toute une année. Tertullien avance que l’on peut, en changeant de teinture, changer… de patrie.
Plus tard, sainte Brigitte donne une vision de la Nativité où une femme apparaît avec ses longs cheveux d’or qui lui tombaient librement sur les épaules. La Sainte Vierge sera aussi blonde. Les Franques stupéfient les Arabes au temps des Croisades alors que les troubadours et les romanciers médiévaux célèbrent l’or et le feu, comme le fera Botticelli qui établit à lui seul de nouveaux critères – blonds – de la beauté féminine. La Renaissance s’enamoure du blond. Les cheveux d’une dame sont d’or pur, tressés en une couronne d’or vif et étincelant écrit Firenzuola. Elisabeth Iére allie blondeur et pouvoir. Les poètes élisabéthains s’en souviendront.
La littérature et les blondes alors, de Blanche-Neige aux créatures d’Andersen. Une image aussi va se créer, l’Aryen, avec des relents politiques, favorisés en Allemagne par la diffusion de la vie de famille idyllique de Carl Larsson (La Maison dans le soleil est une célébration solaire). Une certaine littérature aussi (L’homme et le soleil de Hans Suren).
En 1931 Platinum blonde impose Jean Harlow. Et les Américaines de se ruer dans les pharmacies pour l’eau oxygénée. C’est le début de l’histoire d’amour entre le blond et la pellicule. En 1934, en URSS, Lioubov Orlova, l’actrice la plus remarquable, brûle l’écran dans Le sentier lumineux, dont Staline a choisi lui-même le titre. En 1943, les SS veulent une plus grande Allemagne par l’épée et le berceau et recommandaient d’épouser des Norvégiennes, proches d’un idéal racial que possédait Heydrich. Aussi bien Hitler que Staline et Roosevelt ne se privèrent pas d’utiliser la blondeur. Vénus est blonde. Barbie aussi.
Harlow meurt à vingt-six ans mais le mythe perdure. King Kong veut la blondeur de Fay Wray. En Europe, les actrices allemandes (Lois Chlud, Carola Höhn, Trude Marlen, Dorit Kreysler, Hilde Weissner et surtout Kristina Söderbaum) sont aussi blondes que les deux femmes de Goering, Carin von Kantzow et Emmy Sonnemann. À Hollywood, Veronika Lake et Betty Grable. Cette dernière révèle quelque chose que l’on sait peu : les blondes ont un cœur en or. Marilyn enfin. Qui refusait qu’une autre blonde soit sur le tournage. « Je suis la seule blonde » disait-elle. Lorsqu’elle mourut, le directeur de la Columbia dit : « Trouvez-moi une autre blonde ! ». Les blondes ont aussi une poitrine généreuse, comme Eckberg et Diana Dors, sensation de Cannes millésime 1956. Quant à lui, l’amour de Hitch pour la blondeur mériterait un livre à lui seul. Les blondes, disait-il bêtement, font les meilleures victimes. Dans la comédie musicale tirée des Hommes préfèrent les blondes, Carrol Channing en vient à ceci : « Je n’avais pas besoin d’être intelligente. Tout ce que j’avais à faire, c’était d’être blonde. »
Des noms, à présent : Julie Christie, Ursula Andress, Twiggy, B. B., mais aussi Madonna, Miss Thatcher et Hillary C. Et les sept petites amies du bienheureux Hugh Hefner, qui s’appellent Katie, Tina, Tiffany, Cathi, Stephanie, Régina et Buffy. C’est peut-être ici le lieu de dire la bassesse basse de ces blagues sur les blondes, sorte de racisme à la petite semaine qui n’honore pas ceux qui les créent, et encore moins les idiots qui les colportent. On ne moque peut-être que celles qu’on ne peut avoir, qu’on ne saura aimer. Quoi qu’il en soit, que le blond soit un trait de feu pour le cœur est une affaire entendue. « Blond » est peut-être un autre mot pour « destin ».
pierre grouix
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Joanna Pitman, Les Blondes – une drôle d’histoire, d’Aphrodite à Madonna (traduit de l’anglais – On blondes – par Julie Sauvage), Autrement, février 2005, 282 p. – 19,00 €. |
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