Jean Sévillia, Les habits neufs du terrorisme intellectuel

Jean Sévillia, Les habits neufs du terrorisme intellectuel

Lorsque Jean Sévillia écrivit son livre à succès, Le terrorisme intellectuel, en 2000, se doutait-il que non seulement un second tome actualisé serait nécessaire deux décennies plus tard, mais que la situation apparaîtrait comme plus grave qu’elle ne l’était au début de ce siècle en matière de libertés ?
Car si l’expression centrale du titre demeure pertinente et que ce dernier fait allusion à l’ouvrage majeur de Simon Leys dénonçant l’aveuglement des élites progressistes sur le maoïsme, on peut, sans esprit de polémique et avec le recul scientifique nécessaire, se demander s’il ne conviendrait pas de parler d’une dictature en gestation. Pire, d’un totalitarisme puisque la restriction de l’expression repose de nos jours sur une idéologie et le rêve d’un « homme nouveau ». C’est en tout cas ce que relève Mathieu Bock-Côté dans sa lumineuse préface et ce qui ressort des huit chapitres inédits de ce livre à placer dans toutes les mains.

Le lecteur retrouvera dans ce livre toutes les qualités qui ont fait le succès de Jean Sévillia et assure sa crédibilité : la rigueur des sources, le recul de l’analyse, la fluidité et la clarté du style, la perspective historique et la culture. Ces atouts ne sont pas de trop afin de décrypter la radicalisation qui caractérise le terrorisme intellectuel. Tout d’abord parce qu’il use désormais non seulement du contrôle social mais aussi de l’appareil judiciaire afin de faire taire toute parole qu’il est juste de qualifier de dissidente.
Ensuite parce que l’espace privé est peu à peu rogné, envahi par ce contrôle, lequel s’attaque à l’éducation des enfants par les parents, afin de mieux briser le « sanctuaire de la famille » (Léon XIII) – ce qui, répétons-le, est une des caractéristiques du totalitarisme. Enfin parce que l’emprise du mensonge, celui qui empêche de voir ce que l’on voit, s’alourdit toujours un peu plus, au fur et à mesure que le rideau se déchire.

Mais que cache ce terrorisme intellectuel, dans lequel il ne faut voir, en vérité, qu’un instrument ? L’évidence s’impose : un projet révolutionnaire et idéologique. LE projet révolutionnaire né en 1789 et sans cesse poursuivi, sous différentes formes, nourri de la tentation démiurgique de refaire l’homme et de créer un paradis sur terre. Tel un caméléon, il se transforme mais conserve sa substance.
1789 engendre 1793 et 1917, la guillotine accouche du Goulag, la Vendée conduit à l’Holodomor et à la Shoah. Nous n’en sommes pas encore là. Il n’empêche. Tout ce que décrit Jean Sévillia est en réalité très sérieux. Un livre à lire et à méditer.

Jean Sévillia, Les habits neufs du terrorisme intellectuel, préface de Mathieu Bock-Côté, Perrin, janvier 2025, 410 p. – 23,00 €.

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