Jean-Pierre Lemaire, L’Armoire aux tempêtes
L’oeuvre de Jean-Pierre Lemaire est celle du dépassement et de la conquête d’un ciel par un effort de marche – l’idée d’un voyageur ailé n’est qu’une commodité de la conversation. D’autant qu’au bout de la marche (ou de l’envol) « là-bas, il n’y a pas de vie. Rien que des gouffres et du vent. Je ne sais même pas comment j’ai traversé. Sans doute l’ouragan qui m’a ramené était-il plus fort que celui qui m’avait emporté. » Néanmoins, chaque pas est essentiel et l’avancée est autre qu’une excursion.
Mais découvrir l’abîme n’enlève rien au sens du merveilleux de la poésie. Qu’importe le lieu. Et si envol il y a, il permet de savourer la force d’être terrestre. Le ciel n’est tout compte fait qu’une enveloppe : il donne au tellurique une élévation du vivant. Mais ici-même, ici bas.
A ce titre, tout miracle est ordinaire et se rajuste à une dimension humaine dans un merveilleux qui jouxte Mabille aux négateurs du surnaturel. Les deux se répondent discrètement dans l’œuvre. D’où sa liturgie particulière nimbée d’attention au plus vernaculaire. La poésie rappelle à celui qui doit fouler la terre de pratiquer en funambule s’appuyant sans balancier « partout ici-bas / sur les jours et les nuits /l’épaule de la femme / les collines jumelles d’hier et demain ».
L’objectif n’est jamais de tomber dans le dehors du ciel mais dans le volcan du monde pour y retrouver l’inconnu égaré. Se perdre dans les « nuées de l’émerveillement » est donc moins une élévation qu’une incarnation. Elle fait tout le sens de l’œuvre du poète né dans une vallée où se comprend le jeu de la terre et du ciel accroché aux neiges éternelles. Il ne s’agit jamais de quitter le présent mais de retrouver en lui le sens premier du métier d’homme au sein du merveilleux du rien selon une ascension particulière « en bas à la hauteur de l’herbe ».
jean-paul gavard-perret
Jean-Pierre Lemaire, « L’Armoire aux tempêtes », Editions Le Bateau Fantôme, coll. La Lettre écarlate, 2016 – 10,00 €.
