Jean-Michel Riou, Un Jour je serai roi
Une saga-fleuve efficace, malgré ses défauts
Dans les bas-fonds du Paris de la fin du 17è siècle, la jeune Marie donne naissance à un enfant. Au même moment, la reine donne à la France l’héritier que Louis XIII n’espérait plus. Contre toute attente, ces deux vies vont se croiser dans ce roman-fleuve, où la grande Histoire le dispute à la petite, celle des coulisses, celle des sans-noms. Toussaint Delaforge, le loqueteux qui ignore tout de sa naissance, ira jusqu’au bout de lui-même pour s’en faire un, de nom. Il va devenir, à la force du poignet et d’une incroyable obstination acquise à la rude, le bâtisseur de l’un des plus fascinants palais de tous les temps : Versailles.
Pour ceux que les quelques 600 pages de ce roman effraieraient, je les rassure : Jean-Michel Riou maîtrise parfaitement les sauts dans le temps, remèdes efficaces contre l’ennui. On quitte Toussaint adolescent à la sortie de la pension de Montcler où son tuteur jésuite l’avait placé, pour le retrouver à la page suivante dans un bouge où il est devenu combattant à mains nues. De là, l’auteur tire le fil de l’histoire, sans jamais perdre le lecteur. Un style agréable à lire, une saga fascinante par bien des aspects, quoique parfois gâchée par de (trop) longues digressions, malheureusement répétitives, ou des allusions qui se veulent culturelles mais qui frôlent, à cause de leur spécificité excluante, un snobisme de mauvais aloi.
Quant aux personnages, les fictifs (Toussaint, le marquis de La Place, Marolles, Ravort) se mêlent aux réels (Pontgallet, Louis XIV) avec naturel. Toutefois, on peut regretter que le petit Toussaint, enfant timide et renfermé, se mue en un homme taciturne et cruel, prêt à tout pour réussir. Ce personnage, que l’on aurait qualifié du « gentil » au début du roman, devient difficile à apprécier au fur et à mesure que sa revanche prend forme. Que sa naissance et sa balafre l’endurcisse, on le comprend, on apprécie même qu’il soit moins lisse que les héros des romans en général. Mais quand son ambition sans bornes et sa soif de découvrir ses véritables origines le poussent à commettre les pires vilenies, on commence à douter de pouvoir l’aimer encore.
agathe de lastyns
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Jean-Michel Riou, Un Jour je serai roi, Flammarion, novembre 2011, 624 p. -23,00 € |
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