Antoine Silber, Le silence de ma mère

Antoine Silber, Le silence de ma mère

Un roman qui ne ment pas

Avec Le silence de ma mère, Antoine Silber trouve les causes de ses conséquences, pourquoi il est devenu qui il est. L’auteur est calme, discret, pudique, introverti, le silence de sa mère l’a rendu ainsi. « Comme elle ne me parlait pas, je me taisais moi aussi, et longtemps je n’ai pas parlé du tout. […] – Mais pourquoi ne parlais-tu pas ? – Je n’avais rien à dire. » Pourquoi parler quand sa mère se tait ? Pourquoi s’exprimer quand sa génitrice, sa créatrice, ne parle qu’en peignant ? Maintenant que sa mère n’est plus, Silber se rappelle, et en se rappelant, il comprend. Il comprend que sa mère aurait dû se découvrir, lui montrer d’où il vient, lui dire qui elle est.
L’écriture permet de se connaître, de comprendre ses faiblesses, ses limites. Le silence de ma mère a la force du direct, du fidèle, de l’honnête : l’auteur comprend qui il est, en écrivant. Il écrit « en repensant à elle sans cesse, je l’aimais plus et, en l’aimant plus, je la faisais revivre. » L’affection de Silber pour sa mère est pourtant difficilement discernable. Un manque, de la nostalgie oui, mais surtout une rancoeur, celle d’avoir fait de lui un homme taciturne. Sa mère est la première femme qu’il ait vue : « Elle est apparue devant moi et, à un moment, s’est baissée, la serviette est tombée révélant ses seins. Les seins de ma mère. Très ronds, gonflés, aussi plein l’un que l’autre. » Elle est le premier Homme qu’il découvre, et Silber se persuade que les Hommes forts ne parlent pas, il gardent tout en eux, comme sa mère. « Ma mère est morte il y a vingt-huit ans. Ça a été un très long deuil qui m’a tant occupé que j’ai vieilli avant d’avoir vraiment grandi ».

Un enfant qui grandit dans l’ombre de sa mère, un enfant qui essaye de la comprendre, de la connaître, et qui finalement devient un homme. A la fin de l’ouvrage, Silber écrit « Ce silence dans lequel elle m’emmenait et dont le souvenir, la force persistante du souvenir, souvent encore aujourd’hui, m’empêche et me retient. » La fin est frustrante mais honnête : il ne découvre pas la raison du silence de sa mère.
D’aucuns diraient que ce roman ne sert donc à rien, qu’il tourne en rond. Non, ce roman est un travail psychanalytique. Sans aboutissement, il est vrai. Mais il caractérise la vie : est-ce que chacun de nous finit par comprendre l’Homme, à comprendre son pourquoi, à comprendre son dessein ? Non, la vie est silencieuse. Comme la mère d’Antoine Silber.
A l’instar du fond, le style est simple, honnête, vrai. L’auteur ne ment pas, il rend au roman sa dimension réelle.

benjamin rosenberg

   
 

Antoine Silber, Le silence de ma mère, Denoël, fevrier 2011, 131 p. – 13,50 €

 
     

 

 

 

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