Ariane Bois, Le monde d’Hannah

Ariane Bois, Le monde d’Hannah

Un récit poignant et captivant, à travers les yeux d’une enfant

Paris, 1939. Hannah Behar, petite juive née d’un père turc et d’une maman roumaine, se lie d’amitié avec sa voisine et copine de classe Suzon, non-juive. Une amitié bientôt bouleversée par la guerre et l’invasion allemande, les lois antijuives et la lutte pour la survie. Encore un roman sur la guerre et le sort des enfants juifs diront certains. Oui, mais non !
Le monde d’Hannah livre, à travers les yeux d’une enfant, un récit poignant et captivant, et par-dessus tout, une très belle histoire.

La guerre à travers les yeux d’une enfant, de deux enfants que tout oppose mais liée par une amitié solide que rien ne semble pouvoir détruire… jusqu’au jour où un terrible secret change à jamais le monde d’Hannah ! Mais Ariane Bois, dont c’est le second ouvrage, ne fait pas que raconter une histoire, elle met en avant un épisode peu connu et souvent oublié de la seconde guerre mondiale, celui de la communauté turque, tiraillée entre son pays d’adoption, la France, et sa terre d’origine. Une terre synonyme de terre promise pour ceux qui auront la chance de prendre les quelques trains affrétés par la Turquie pour rapatrier ses ressortissants, avec l’accord des Allemands, obtenu grâce à leur statut de pays neutre.

Du Paris occupé, nous voilà plongés dans les eaux azur du Bosphore, au cœur d’une Istambul libre et aux parfums exotiques. Un havre de paix pour Hannah et sa mère, le temps de quelques mois avant le retour en France… et à la dure réalité qui les y attend. Voyage géographique, voyage historique mais également voyage temporel pour le lecteur qui suit les aventures des deux amies retrouvées jusque la fin des années 60. On assiste alors avec bonheur aux premiers pas en tant que journaliste de cette petite fille juive, aux origines pourtant modestes.

Avec son style épuré, sans artifice, dépouillé de toutes descriptions pompeuses, l’auteur crée une atmosphère particulière, très réaliste, qui plonge le lecteur au cœur même d’une des pages les plus sombres de l’histoire de France. Sans aucun parti pris, Ariane Bois tente également, plutôt avec succès, de dresser un portrait global de la société de l’époque, sans tomber dans le manichéisme, à travers l’histoire et la destinée de personnes « simples », que la guerre a amenées un jour à basculer d’un côté ou de l’autre, et à prendre des décisions dont ils ne mesuraient pas toujours les conséquences. Sans juger, elle amène indéniablement le lecteur à se poser la question : et nous, qu’aurions-nous fait ?

Un regret toutefois, on aurait aimé que le sort des Turcs juifs et la position de la Turquie à l’époque ne soient pas appréhendés de manière plus approfondie, plus poussée. Un fait dont on ignore encore beaucoup et qui est rarement abordé. L’occasion aurait été belle de rendre hommage aux disparus et aux héros oubliés, à l’image de Haïm Behard. Mais il ne s’agit pas ici d’un roman historique.

v. cherrier

 

   
 

Ariane Bois, Le monde d’Hannah, Robert Laffont, octobre 2011, 288 p.- 10,50 €

 
     

 

 

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