Jean-Luc Parant, Les yeux suite sans fin

Jean-Luc Parant, Les yeux suite sans fin

L’avenir est dans les yeux

L’expérience artistique et poétique de Parant trouve son fondement en des scènes traumatiques. Toutefois, l’artiste reste muet sur le sujet qui causa chez lui des crises de mélancolie profonde mais aussi des révoltes que lectures et images de sa jeunesse ont entretenu. Depuis près de soixante ans elles donnent tout son sens à un travail auquel le créateur accorde une dimension impersonnelle, distanciée même s’il porte le monde sur son dos sous forme de boules bien rondes qu’il s’est plu parfois à empiler (de manière compulsive disent ceux qui ne comprennent rien). Il n’y a là aucune imposture mais un moyen de faire la nique aux envolées mythiques par l’épreuve de la terre et du peu qu’elle est.

Jean-Luc Parant – paradoxalement peut-être – reste un des vrais et rares surréalistes. Comme Max Ernst il sait que l’image la plus extraordinaire n’est pas dans le paysage mais dans les yeux. Qu’importe alors « si le ciel ne verra jamais la terre du jour et la terre ne verra jamais le ciel de la nuit » :  il a compris que l’avenir n’existe qu’au présent et que le vrai mystère est celui de tous les instants et celui de tous les objets.  Ayant trop d’ambition pour en avoir, il rappelle à travers son travail quelque chose d’essentiel : ce qui influence le plus l’œuvre d’un artiste, c’est l’œuvre elle-même. Lorsqu’un auteur commence à créer en toute connaissance de cause, son œuvre est contaminée. Seul l’exercice rationnel et répétitif d’ « imbécillité » finit par avoir raison de l’artiste : il a enfin quelque chose d’intéressant à dire et à montrer. A savoir, l’apprentissage de la lumière qu’il s’agit de reconnaître avec humour, rudesse, liberté, exigence car ces éléments font passer bien des créateurs pour des inconséquents et des nourrisseurs de poubelles.

Sachant que de Jésus comme de Freud ne sont nées que des églises effarantes avides de dévotions, Parant garde toujours une bougie dansante dans sa main afin d’inoculer à l’ombre une peur au ventre. Quand le vent risque d’étreindre la flamme, le poète apprend à godiller à l’aveugle pour s’en approcher. Il permet donc d’envisager le monde en méprisant les apparences et ceux qui s’en croient maîtres. C’est pourquoi à la splendeur des lustres il préfère les formes rupestres. Au regardeur et au lecteur de savoir s’en emparer. Yeux ouverts. Yeux Fermés.

jean-paul gavard-perret

Jean-Luc Parant, Les yeux suite sans fin, Dessins de l’auteur, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2014, 72 p. – 17,00 € 

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