Jean-Luc Bannalec, Meurtres sur l’île d’Ouessant

Jean-Luc Bannalec, Meurtres sur l’île d’Ouessant

Georges Dupin est sur l’île d’Ouessant à l’injonction du Préfet, suite à la demande d’Alana Rigo, la maire. La veille, la mer a rejeté une veste masculine et aujourd’hui, le corps de Lionel Saux, un musicien insulaire. L’Institut médico-légal de Brest, où le cadavre a été emmené, confirme une mort par noyade après une chute. Pour l’heure, le commissaire assiste à un concert donné par Les Sirènes, un groupe de cinq femmes, toutes ouessantines, des personnes ayant des liens avec le défunt. Pour corser l’affaire, une des Sirènes est la fille de la sœur du préfet. Ce dernier, la bête noire de Dupin, le harcèle car sa mère la pense en danger.
Ayant un rendez-vous, Alana confie à Sibyl Jaouen, une vieille dame responsable du musée du phare du Stiff, le soin de ramener Dupin à son hôtel. Or, celle-ci submerge le commissaire avec des contes, légendes et croyances, lui décrivant tous les dangers qui le guettent s’il n’est pas très prudent.
La découverte d’une croix en cire sur l’oreiller du défunt rappelle la proëlla, un rituel complexe abandonné depuis 1962 comme le raconte le curé. Le lendemain, un nouveau corps est retrouvé sur la côte, celui de Daniel Destoc. Entre réalité et légendes, Dupin, assisté de Le Ber, doit faire abstraction des fables omniprésentes pour tenter de résoudre ce qui s’apparente à deux meurtres. Mais quand…

Féru de contes, de légendes, de pratiques séculaires, pour la treizième enquête de Dupin, Jean-Luc Bannalec trouve avec le site d’Ouessant, un terrain propice. Il livre, comme à son habitude, une magnifique description des lieux où il fait enquêter son héros. Et, avec Enez Eusa – l’île la plus haute – comme elle est dénommée en breton, il se régale et régale ses lecteurs. Ses descriptions très détaillées font visualiser le cadre où interviennent ses personnages. Il donne, d’Ouessant tout ce qui fait sa spécificité, son aura celtique, l’importance de ce petit morceau de terre pour toute une culture. Et il installe une intrigue qui prend en compte ces caractéristiques, les traditions, les rites.
On retrouve, malgré une certaine dispersion des membres, l’intervention de toutes les composantes de l’équipe policière. Une richesse marquante est apportée par les habitantes de l’île, que ce soit les musiciennes, les conteuses, les insulaires qui assurent des activités économiques essentielles. Et cette communauté est soudée, solidaire, ne se livrant pas facilement. Mais, Ouessant elle-même, avec ses éléments naturels est un personnage primordial pour ses traditions, ses superstitions et la dureté de son environnement.

L’auteur place son héros en situation, l’obligeant à utiliser un vélo, le moyen de déplacement le plus usuel sur l’île. Cependant l’auteur, plein de prévenances, lui attribue une monture électrique. Ce qui est intéressant, et fort bien souligné, c’est le régime matriarcal qui règne sur ce territoire. Et les causes sont fort bien explicitées.
Le romancier joue avec maestria sur la frontière entre réalisme et légendes, entre faits tangibles et contes qui inspirent les comportements. Avec ce nouveau tome de sa série, Jean-Luc Bannalec réalise une enquête policière classique qui baigne dans un climat énigmatique avec une île magnifiée. Un régal !

Jean-Luc Bannalec, Meurtres sur l’île d’Ouessant (Bretonische Sehnsucht), traduit de l’allemand par Pierre Malherbet, Les Presses de la Cité, avril 2026, 432 p. – 22,00 €.

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