Jean-Claude Bélégou, ETUDES /HUMANITES

Jean-Claude Bélégou, ETUDES /HUMANITES

Dans une telle série d’ « Humanités », rien d’abstrait, non rien. Mais une amplification du champ de réception en une immersion globale et incarnée. Et ce, pour une certaine vérité des modèles en les photographiant telles qu’ils sont, hommes, femmes de tous âges et tous physiques.
Il y a dans la série une dimension réaliste, voire vériste, sans doute symboliste aussi. Mais il y a plus : le mystère est là qui vibre et poudroie sur la peau d’énigmes jamais paresseuses. Elles s’offrent comme une révélation sans retenues. Bélégou les saisit de face, loin des effets de mode.

Existent donc des prises là où chacun(e) se défait de ses vêtements et s’avance sur une une voie abrupte. « Ce sont en quelque sorte des portraits nus, si par portrait on entend le corps dans son entier et si on refuse, comme je l’ai fait, l’opposition corps/visage », écrit l’artiste qui a travaillé deux longues et silencieuses journées par modèle, en lumière du jour, de préférence plutôt grise, dans son atelier.
Un mur, un lit, une chaise, le parquet, « c’est un dispositif assez dépouillé et rudimentaire », ajoute le créateur. Et de préciser : « Si il y avait des peintres ce serait entre Rembrandt, Karl Hubbuch et Lucian Freud, Hammerschoï… S’il y avait des photographes, les quelques nus qui nous sont restés de Le Gray et E.J. Bellocq.»

Dans le dénuement du décor, et toujours devant un même mur, pointent grâce et douceur. Existent là une aimantation et (ou ?) une effraction de la puissance de la chair, loin des réflexes moutonniers, des rêveries douillettes en un tel catéchisme hors-bord. D’une certaine manière, chaque modèle soumet sa destinée au regard de Bélégou et son intensité presque explosive.
Existe là un désir entêtant d’aller voir ces figurations mais aussi une forme de transfiguration. Les photos nous irisent là où l’artiste a accordé le temps d’une immense respiration. Ses photos nous accompagnent, irréductibles et vivante par des corps d’os, de peau, de mémoire sédimentée, de pensée claire ou de désirs sombres.

Se forge ici une langue visuelle déployée, délivrée, manifeste qui conjugue discipline et une certaine transgression. L’art devient un théâtre fixe d’opérations existentielles dans une unité des genres contraires et d’une amplitude inentamée.

Jean-Claude Bélégou, ETUDES /HUMANITES , 2026 jusqu’à fin avril sur le site du photographe.

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