Jean-Claude Bélégou, Etudes / Humanités

Jean-Claude Bélégou, Etudes / Humanités

La grande  oeuvre de jean-Claude Bélégou

Avec Etudes / Humanités, le photographe Jean-Claude Bélégou crée sa Comédie Humaine. A l’inverse de celle de Balzac, elle se passe de tout décor et l’artiste la définit ainsi : « Toujours cette obsessionnelle quête de la vérité des corps et des visages, des peaux, des êtres. Vérité impénétrable et revêche, qui se défile sans cesse comme elles se dérobent, et qui pourtant affleure de courts moments privilégiés. Les plaquer là contre un mur gris, une chaise, un lit, le parquet et attendre, espérer la splendeur de la chair. » Fasciné par ses modèles, Bélégou retrouve une saisie du quotidien. Mais le temps est fini où il photographiait la femme aimée dans l’ancien presbytère devenu sa maison ou à l’extérieur dans un jardin à demi sauvage. Sa nouvelle recherche de l’humain s’inscrit en une galerie de portraits naturalistes, graves et bienveillants.

Les photographies, aussi léchées que simples, donnent aux corps et aux visages une puissance particulière. Elles permettent d’atteindre une vérité qui n’est pas d’apparence mais d’incorporation temporelle. Dans leur diversité, les portraits proposent une série de déplacements de la fonction d’instantané, d’encoche définitive, de marque fixe qui dépasse l’ordre de la mélancolie.

Ce travail sur le nu ou le semi-nu devient le visage du destin, le porte-empreinte du temps. Le photographe ne présente pas ses portraits de manière chronologique ou dans un déploiement linéaire. L’ensemble crée un centre de gravité, un foyer. Il dégage la dominante du temps humain pris entre deux marges : la presque enfance et le presque quatrième âge. L’artiste en expose les bouts comme les intervalles.
Chaque sujet apporte son flux d’opacité. Loin de tout « sfumato » ou de simple effet d’icône, le corps se dévoile dans une lumière sans concession au moment même où parfois les modèles se déshabillent. Conscients des séances de prises, ils n’éprouvent aucune obligation de « présentation ». Chacun d’eux ne semble ni craindre ni désirer la prise : il l’accepte sans cherche à ruser avec l’objectif. Pas plus que Bélégou ne ruse avec ses modèles.

Un tel ensemble plonge vers l’énigme de l’être. Un faux air relationnel semble sortir de cet assemblage – ou cette dissémination. La persona est livrée au regard pour déplier un secret mais il ne sera pas éventé. D’une certaine manière, il n’y a personne à l’image et en même temps tout le monde. Hommes ou femmes d’âge affirmé ou nymphettes parfois aimablement grassouillettes s’y croisent dans le silence de leur regard dont la trace recèle à la fois une sorte d’indifférence mais aussi d’intensité. Les corps à la fois « s’envisagent » et se « dévisagent » en une présence brute.
Chacun d’eux devient une muraille d’indices indicibles, un filon d’absence, un reflet de l’insaisissable. Surgit aussi une douceur étrange mais sans condescendance. Il y a ni viol, ni agressivité, juste un regard attentif pour des modèles qui acceptent son « deal ». D’où la question centrale : de quoi les photographies portent-elles la trace ? D’amours, de blessures et de joies ? Le tout sans doute. Femmes ou hommes sont saisies avec une certaine froideur jusque dans l’intimité la plus sensuelle. Demeure aussi la gravité d’une portance cérémonielle de la photographie qui se refuse à l’effet de miroir où le fantasme cherche à s’abreuver.

jean-paul gavard-perret

jean-claude bélégou, Etudes / Humanités, Galerie Pierre Brûllé, 25 rue de Tournon, 75006 Paris du 10 oct . au 9 nov. 2013

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