Eric Chevillard, Jaune soleil
L’ancien et le nouveau
Dans ce roman de geste, Philéon est tombé amoureux de Godelive. Et nous voici transportés dans le Moyen Age ses fantasmes, ses bizarreries. Pour preuve, Godelive est (presque) monstrueuse avec l’ongle du petit orteil du pied droit en vrille et très pointu. Bref, c’est une sorte de sorcière griffue avec des cheveux jaune soleil. Toutefois, Philéon l’aime. Et Clodomir aussi. Une lutte est donc prévisible. Mais pour Chevillard, maître des cérémonies et des logiques parfaites, pour ses chats échaudés il a d’autres soucis – entre autres, interpréter et fertiliser des « équipés pour ce coït magistral »
Clodomir, Philéon, Godelive sortent donc du passé mais un vieil écrivain (Ristretto) observe le monde depuis la terrasse des « Grands Ducs ». Mais néanmoins, une taupe ouvre son roman, « tête à la surface pour vérifier enfin la rumeur selon laquelle existerait tout un monde au-dessus ». Cette tape dormante constate la rumeur, selon laquelle existerait tout un monde au-dessus. Mais qui serait évidemment une chimère conçue par ses semblables pour tromper l’ennui des jours avant que l’animal curieux referme (sans volets) ses labyrinthes sans en rentrant dans son trou.
Toutefois dans le monde du dessus, Philéon, Clodomir mais aussi Pépin, Nicandre, Cunibert, Démophile, Ménophile, Herzéloïde, Brunehilde et bien d’autres (et bien sûr Ristretto) vivent leur existence. Nous sommes donc à cheval entre le Moyen Âge et l’univers de l’enfance. Celui de La Roche-sur-Yon où Eric Chevillard vécut. Certes, le Moyen Âge a donné à l’amour un label par Le Roman de la Rose, prélude à une version courtoise du sentiment. Ici, Eric Chevillard lui lance des piques là où, par exemple, Mocieur Ristretto, fort de café, mord une « figue qui n’a pas de couilles » – ce qui ne l’empêche pas de finir son repas près d’un arbre de cent ans courbé, nu, frêle et hésitant. Dans ce salmigondis, l’auteur, à sa manière, donne sa version au néo nouveau-roman (Editions de Minuit oblige ! ). Ici varie tout ce qui reste du roman « de geste ». Après tout, sa rose est un soleil.
jean-paul gavard-perret
Eric Chevillard, Jaune soleil, Editions de Minuit, 2026, 160 p. – 18,00 €.