Victor Coutard & Walter Guissard, Cécile La Shérif

Victor Coutard & Walter Guissard, Cécile La Shérif

Cécile est la fille du procureur de la République, un personnage puissant à Orléans. Cependant, celui-ci peine à faire entrer sa fille, orpheline de mère, dans le carcan qui enferme les femmes dans les années 1840 – 1850. Elle veut devenir magistrate, faire appliquer la loi. Le soir, elle retrouve ses amis dans un café où l’on boit, où on danse au son d’un piano. Cette nuit, c’est Louis-Moreau Gottschalk, venu des États-Unis, qui anime. À l’issue d’une bagarre, arrêtés par la police, Cécile et Louis-Moreau s’échappent et passent le reste de la nuit à boire.
Cécile se réveille à l’arrière d’une charrette en route pour Le Havre. Finalement, elle opte pour suivre son nouvel ami qui se rend à La Nouvelle-Orléans. Ils se retrouvent dans le comté de Mobile, en Alabama, en pleine Conquête de l’Ouest où la seule loi est celle du plus fort. Or, les circonstances amènent Cécile à accrocher une étoile de shérif sur sa veste…

L’histoire de Cécile s’appuie, de façon très libre, sur des personnages réels, certains identifiés comme tels, d’autres reconnaissables à leurs citations, leurs opinions. Toutefois, la fiction prime dans ce récit où le scénariste souhaite surtout livrer une ode à la justice.
Mais pour éviter d’être ennuyants, les auteurs mettent en avant une héroïne au tempérament volcanique. Femme libre, elle veut assurer le droit et le faire respecter. Avec humour, les auteurs placent cette jeune femme dans une zone de non-droits, situation à nouveau en vogue sous la violence exercée par Donald le Jaunâtre. Ceci permet d’aborder, avec cette pétulante Cécile, des thèmes comme la place des femmes, la possibilité de se défendre face à des accusations, la peine de mort, la vengeance, le pardon, l’homosexualité…

Comme femme et étrangère, elle va se heurter au rejet en voulant faire appliquer un droit français tout à fait inapproprié à la structure juridique installée à cette époque en ces lieux. Cécile aura dû attendre 1946 pour qu’une femme, Charlotte Béquigon-Lagarde, exerce un poste de magistrate en France autrement que comme allégorie, les seins nus, les yeux bandés.
Victor Coutard met en scène ce pianiste fameux qui composa et connu la gloire. Il cite Montesquieu, Jeanne Chauvin, première avocate de France qui entendit tout et n’importe quoi de la part de ses collègues (faut-il spécifier : masculins, car ils l’étaient tous ?).

Walter Guissard assure un graphisme virevoltant, faisant courir, sauter, tirer avec des armes à feu, frapper, crier, une héroïne qui veut s’imposer et imposer ses idées. Le choix d’une présentation dynamique aux personnages caricaturaux donne des planches ou la vivacité des actions est parfaitement relayée. Le dessinateur-coloriste n’hésite pas à étirer, déformer, faire éclater pour relayer la tension.
En fin d’album, Victor Coutard livre des réflexions sur les objectifs qu’il voulait atteindre et livre quelques grands principes du droit.

Un album où les auteurs abordent nombre de faits sociétaux autour de la justice, appuyés sur un argumentaire solide, présentés avec un bel humour par une héroïne attachante, avec une mise en images remarquable.

Victor Coutard (scénario) & Walter Guissard (dessin et couleurs), Cécile la shérif, Casterman, mars 2026, 120 p. – 24,00 €.

Laisser un commentaire