Jane Ridley, Bertie. A life of Edward VII (Edouard le Magnifique)

Jane Ridley, Bertie. A life of Edward VII (Edouard le Magnifique)

Edouard le Magnifique

C’est une belle biographie du roi Edouard VII que signe l’historienne britannique Jane Ridley. A l’aide de nombreux documents inédits, elle trace un portrait intéressant de ce souverain dont le règne bref mais décisif marqua son temps, notamment en politique étrangère.

La personnalité du roi apparait dans toute sa complexité. Condamné à attendre que sa mère, la reine Victoria, veuille bien lui laisser le trône, le prince de Galles connaît une jeunesse oisive. Très tôt, il succombe aux plaisirs de la chair, des copieux repas en bonne compagnie, et des cigares qui le tueront. Mondain, il constitue autour de lui un groupe d’intimes auquel il reste fidèle et qui forme sa cour de Marlborough House. Incapable de résister aux charmes féminins, il multiplie les conquêtes dans tous les mondes, n’hésitant pas à abandonner une maîtresse enceinte de ses œuvres. Son mariage avec Alexandra de Danemark n’y change rien, malgré la réelle affection qu’il éprouve pour l’épouse qu’on lui a choisie.

L’auteur met à mal quelques légendes tenaces, comme celle de sa froideur vis-à-vis de ses enfants. Même s’il est un père peu présent, son affection pour eux est réelle. Il souffre d’ailleurs beaucoup de la disparition de son fils aîné, Eddy. Jane Ridley replace aussi sa vie privée agitée dans son contexte social. Le prince mène en fait l’existence des aristocrates de son temps, dont il adopte les mœurs et le mode de vie (comme les House party), bien éloignés du modèle bourgeois et austère de ses parents.
Les relations très difficiles qu’il entretient avec sa mère n’arrangent rien. La souveraine ne cache pas le mépris qu’elle éprouve pour son fils aîné. Elle lui reproche sa vie dissolue et ses fréquentations. Son incapacité à se concentrer et ses bavardages mondains expliquent le refus du gouvernement et de la reine de lui transmettre les documents officiels.

Pourtant, le futur roi sait utiliser son intelligence, ses voyages, et ses relations pour s’informer, connaître les cours européennes et les dynamiques des relations étatiques et dynastiques. Très vite, il se heurte aux visions politiques de sa mère et à sa germanophilie. Le livre fait bien apparaître le rôle d’Edouard dans ce que Jane Ridley appelle le « clan dynastique antiprussien » constitué autour de la cour danoise.
De fait, devenu enfin roi, Edouard VII joue un rôle certain dans la diplomatie britannique au moment de son tournant fondamental du début du XX° siècle. Sans l’exagérer, Jane Ridley le situe au niveau de l’influence, parfois de l’initiative personnelle, mais jamais en contradiction avec la ligne du Foreign Office. Le souverain participe à un mouvement général. Ses efforts pour maintenir de bonnes relations entre Londres et Berlin se brisent sur l’entêtement et le caractère complexe de son neveu, le kaiser Guillaume II. Leurs relations sont d’ailleurs finement analysées.

En politique intérieure, Edouard réussit à se construire une certaine popularité mise à mal par ses écarts de jeunesse. Ses idées en faveur de réformes démocratiques et sociales sont appréciées. Et surtout, dès son accession au trône, il rompt avec la pratique politique de Victoria en replaçant le monarque au centre du spectacle royal. Edouard VII offre la personne du souverain à l’adoration des foules tout en maintenant la Couronne au-dessus des partis.
Sur ce point, s’il est exact que le roi accepte tout gouvernement issu des urnes, il n’en reste pas moins très interventionniste, dans le choix de certains ministres ou des ambassadeurs. Ses relations avec ses premiers ministres connaissent des hauts et des bas, et il entretient de solides inimitiés (Lloyd George et ce renégat de Churchill dont il avait pourtant apprécié la mère…) Quant à son opposition au suffrage féminin, elle est irrévocable !

Edouard VII, comme le note sa biographe, a adoré être roi. Et on prend le même plaisir à lire les pages de cette biographie qui insiste peut-être un peu trop sur les divers scandales de moeurs, mais qui mériterait d’être traduite en français.

frederic le moal

Jane Ridley, Bertie. A life of Edward VII, Chatto and Windus, septembre 2012, 608 p., 30,00 £

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