Jacques Guigou, Là, inaltérant
Le téméraire
Plus l’œuvre de Guigou avance, plus ses livres deviennent des théâtres où le « là inaltérant » impose sa juste place. Son centre est partout et sa circonférence nulle part, « parmi mailles et nœud » où passe – et ce n’est pas le moindre – un « espoir imprévu ». Preuve que cela ne mange pas de pain et bien au contrainte dans une poésie éloge de la clarté, sans effets ni fioritures.
Evitant concession et équivoques, le poète grave mais léger répand « son onction secrète sur la peau de ses mots». Le tout dans de subtils glissements mais sans jamais extrapoler ce que l’auteur vit et voit. Des parcours se réduisent à ceux des rides de sable sur une plage. Et le visage de Guigou tient à la présence du fragile. Il pâtit parfois de son pauvre règne mais sans s’apitoyer. Un sourire perdure ça et là et la vie va. Elle n’est jamais pour lui une cosa mentale qui souvent s’abat comme un volet de fer sur la fenêtre des jours.
Ici, à sa manière, l’auteur rappelle que monde ressemble de moins en moins à ce qu’on a cru et à ce pourquoi on a vécu. Et après, tout, l’aurore et crépuscule n’est pas d’ici même mais d’un dieu là-haut. Toutefois, l’homme est à sa place par la poésie. Elle nous écarte de quelques failles, soient-elles divines. Bref, elle sauve les meubles ou celui qui (comme nous) vit encore dedans. Et à défaut le « là » reste ici et cela désaltère.
jean-paul gavard-perret
Jacques Guigou, Là, inaltérant , L’Harmattan, coll. Poètes des cinq continents, Paris, 2025, 62 p. – 10,00€.