Xavier Dorison & Julien Telo, Les Gorilles du Général – Septembre 59
Des dessous de la grande Histoire
Ce 12 novembre 1970, De Gaulle est mort et quatre hommes portent le cercueil et un deuil très personnel. Ils ont vécu, avec le général, des aventures qui n’entrent pas dans le grande Histoire, mais c’est la leur.
Ils sont quatre sous les ordres du Chanoine pour protéger un Président particulièrement menacé dans cette période troublée. De 1958 à 1969, ils vont partager une grande partie de sa vie publique et privée.
Ce sont d’anciens Résistants, des ex-policiers.
Cet album installe le cadre, présente ces hommes et articule le récit sur des événements qui ont eu lieu en septembre 1959. La situation est critique. Le général De Gaulle doit présenter son plan pour clore le conflit avec l’Algérie. Quelle que soit la solution retenue, elle fera des mécontents chez des individus capables du pire, n’hésitant pas à aller jusqu’au meurtre.
Si Xavier Dorison veut raconter l’histoire de ces hommes dont on découvre quelques pans de leur vie privée, la personnalité du général s’impose. Cette dernière est bien plus complexe que ses détracteurs ou ses afficionados l’ont souligné. S’il est intransigeant dans la conduite des affaires de la France avec une vision peu partagée, dans l’intimité, il est tout autre.
Ces gorilles, qu’il ne faut pas confondre avec barbouzes, sont présentés avec leurs défauts, leurs qualités, leur volonté de réussir malgré les difficultés et malgré le mépris du danger affiché par celui qu’ils doivent protéger. Ce récit est passionnant, mettant en lumière des individus qui ont donné une large partie de leur vie, prêt à mourir pour Pépère, ce surnom affectueux qu’ils lui avaient donné, qui trahit tendresse et estime.
Le scénariste, comme à son habitude, s’est lancé dans des recherches approfondies pour concevoir ce récit, intégrer des faits réels, tordant parfois la réalité pour cadrer avec sa fiction. Ainsi, la mort d’un sénateur a bien eu lieu mais pas à Paris. Documenté, précis, ce récit est d’une grande qualité.
Un dossier étoffé, en fin d’album, précise le vrai du faux, présente les véritables gorilles.
Le travail de mise en images se partage entre Julien Telo et Gaétan Georges. Le premier, qui a déjà quelques albums au compteur, assure un dessin dynamique. Il a documenté de belle manière ses planches, retrouvant le réalisme de l’atmosphère du début des années 60 à Paris, les équipements et mobiliers de l’époque. Les personnages sont élaborés avec un soin méticuleux pour en rendre une représentation la plus plausible possible.
La mise en couleurs de Gaétan Georges est en parfaite cohésion.
Ce premier volume, d’une série de trois one-shots, mêle avec une remarquable efficacité faits réels et données fictionnelles pour faire vivre l’entourage, peu médiatisé, d’un homme d’État qui a été l’un des plus menacé de son époque, comptant quelques trente tentatives d’attentats.
serge perraud
Xavier Dorison (scénario), Julien Telo (dessin) & Gaétan Georges (couleurs), Les Gorilles du Général – Septembre 59, Casterman, mai 2025, 104 p. – 21,95 €.