Jean-Louis Poitevin, Grave insulte au cerveau

Jean-Louis Poitevin, Grave insulte au cerveau

Ayons confiance dans le préfacier de ce livre : « Ici l’auteur psychopathe se distingue par son sens de l’honneur ! Et nous prévient que c’est en radotant que l’on devient innocent. » Voire !… car Poitevin se délecte à rajouter des couches du plus sain des délires. tandis qu’un assassinat d’un ministre de la culture par un grand peintre (« œuvre de fiction ou provocation éclairée ? » ajoute l’auteur) n’est qu’un détail puisque Poitevin – théoricien et plaisantin de la création – cultive divers parasitages incessants – économie sociale comprise.

Il en va jusqu’aux concepts (ces grains à moudre des penseurs) dans cette farce sauvage et jouissive de l’empire de la culture le plus cruel dont le pouvoir de ses sbires revient à broyer inlassablement l’esprit rebelle « afin de le transformer en peluche commode ». Il est un lieu commun chez les artistes de se plaindre de la pathologie (« création sans capote ») mais Poitevin se délecte, use, abuse de ses positions sur la création qui ne seraient que des « restes rancis d’une passion inassouvie à cause d’une impuissance évidente à la création, une impuissance radicale auraient aussitôt ajouté certains, avec leur sourire d’oie gavée ». Mais il ment en évoquant autant la culture que la femme.

Les deux le glacent. Il quitte parfois la table mais, de façon générale, supporte moqueries, discours, fadaises – ce qui peut le hisser au haut d’une gloire éclatante (quitte à la faire suivre aussitôt d’une dénonciation humiliante). Histrion, le narrateur poursuit son éloge du mensonge mais aussi son ambition et vanité, voire pour « devenir le responsable de la non-publication de l’œuvre qui, pensé-je, les contraindra à cesser toute attaque contre moi ».

Ne pouvant être cause de sa chute et pour accéder à une des positions enviables et désirables (rédaction en chef d’un magazine, direction d’un musée ou expert de quoi que ce soit), le narrateur a su se grimer en roi nu. Et c’est habile, quitte à exterminer en lui la possibilité d’une vie juste et l’intimité de son théâtre et ses recoins. Il a donc su trouver le biais de son trône. Il peut ainsi en descendre – remettant à chacun un nouveau pourboire là où son fauteuil reste au centre de Paris. A peine descendu, il est censé monter les marches puisque adoubé comme « chef de bande d’une association culturelle importante ». Et ci cette ascension ne lui suffit plus, il peut monter les marches de l’avion qui le conduit « là où je désirais le plus aller ». Le toi est grand : alors hop là !

jean-paul gavard-perret

Jean-Louis Poitevin, Grave insulte au cerveau, Les éditions du chien qui passe, 13550 Les Paluds-de-Noves, 2025, 154 p.

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