Alessandra Carnaroli, Non si tocca la frutta nei supermercati pero i culi nelle metropolitane
Insoutenable légèreté de l’être
Après 50 tentatives de suicide et 50 objets contondants, Alessandro Carnaroli remet une couche avec On ne touche pas aux fruits dans les supermarchés mais aux fesses dans le métro. Selon elle, chaque jour nous sommes frappés par une infinité de faits divers, parfois très graves, mais qui s’éteignent rapidement, brûlés par de nouvelles violences et tragédies. Ici, nous les retrouvons tous, rendus dans leur essence crue et dépouillée. Les atrocités des guerres, les violences domestiques, les vulgarités de la vie quotidienne sont décrites sans jamais détourner le regard, avec une objectivité qui naît de la mise au point impitoyable des mots.
Alessandra Carnaroli retrouve son unique échappatoire dans un ironie froide ou dans des clauses de sarcasme féroce. Ici, l’ordre de grandeur peut changer. Mais ce qui relie les guerres en Ukraine et à Gaza, les féminicides et les inondations, les distorsions des relations familiales ou une journée malheureuse à la mer doit toujours être recherché dans la vulnérabilité des êtres humains et leur capacité parallèle et incessante à produire des désastres.
Si bien que, chez elle, l’horreur insoutenable est l’autre face de la banalité du quotidien, des aspects qui se superposent et riment de manière troublante. Entre des mères peu maternelles, des pays inondés et des victimes innocentes, nous pouvons discerner de nombreux visages semblables au nôtre, une foule à laquelle nous ne pouvons nous illusionner de ne pas appartenir. Mais en réalité, dans son paradoxe, c’est un mécanisme de désir combinatoire et infini, comme les cycles poétiques de Nanni Balestrini (auteur apprécié de Carnaroli).
Ce nouveau livre de la créatrice est paradoxal, amusant et désespéré en vers originaux et provocateurs sous divers aspects de la condition féminine en partant des ambivalences de ses « sœurs » et des hommes.
jean-paul gavard-perret
Alessandra Carnaroli, Alessandra Carnaroli, Non si tocca la frutta nei supermercati pero i culi nelle metropolitane, Giuilo Einaudi Editore, 2025, 152 p. – 13,00 €.