Italo Calvino, Marcovaldo ou Les saisons en ville

Italo Calvino, Marcovaldo ou Les saisons en ville

Le prince des villes

Italo Calvino est le poète (en prose) des villes et des héros plus ou moins bancals dont les histoires fantaisistes, drôles, poétiques sont presque écrites pour les enfants. Mais le presque est important. Il revient sans doute aux adultes de savourer des chutes qui se transforment en plongeons de bas en haut en des univers glauques là où, en saison de basse eau, des bancs de boue se multiplient et jouissent d’un temps raisonnable pour reverdir. Dès lors, la vie peut se dérouler en vol plané.
Calvino y apparaît tel qu’il est au plus profond de sa démarche : à savoir, plein de farces et retenue, d’émotion et d’une affectivité. Elle transcende le réel. La langue n’est jamais un support. Elle est la matière même de la quête et fait du passé l’espace livresque de la méditation parfois douloureuse mais toujours exaltante au-delà la supposée pliure d’une illusoire réparation.

Avançant moins en narration qu’en sillons et coupures, la ville – de saisons en saisons – serpente elle-même en une étrange musique de boue de vie et de bout d’existence. L’écriture frissonne, vibre dans le brouillard d’une mémoire pudique et drôle. Des femmes cheveux blanchis à la chaux vive des ans y pèsent le poids de l’âme : il n’est pas moindre puisqu’il supporte le fardeau qui enlace nos propres fantômes.

jean-paul gavard-perret

Italo Calvino,  Marcovaldo ou Les saisons en ville (Marcovaldo ovvero le stagioni in città), traduit de l’Italien par Marin Rueff, traduction nouvelle,, Gallimard,  coll. « Folio », 2017.

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