Isabelle Cochereau & Marie-Laure Dagoit, Le soleil a seulement brûlé
Avec Isabelle Cochereau le corps n’est plus étranger à ce qu’il porte en lui. Mais il n’est plus lui-même. L’image est interrogation et mise à l’épreuve de la beauté. Le numérique – en s’adossant à l’histoire de la peinture et ses transformations formelles que l’artiste poursuit à travers un travail de citation, de métissage – permet d’approfondir les apparences. Les portraits deviennent les parfaits contraires de natures mortes. A la fois ils font face mais sont comme à côté des visages qu’ils embrassent.
Créer revient à proposer des existences sous une apparence fausse de présent. Chaque portrait superpose et côtoie un débordement, un dépassement. Son « ombre » ne le suit pas forcément : elle le précède dans un exercice de fantaisie et de couleur. En écho, le texte de Marie-Laure Dagoit évoque un vieux quotidien autant pour le saisir que l’annuler là où l’écrivaine donne à une forme de « peaurnographie » des écailles de poisson froid. Mais la lumière (enjouée ?) qu’elles font briller au soleil en éclaire beaucoup d’autres
D’où cette conquête qui n’entre dans aucun sommeil. En même temps, les rondeurs espiègles de l’image séparent l’existence en deux profondeurs égales. Ce mariage reste tacite et crée une rêverie sans tabou. Le pacte ironique hypothèque toute certitude et les obligations d’usage.
jean-paul gavard-perret
Isabelle Cochereau & Marie-Laure Dagoit, Le soleil a seulement brûlé, Littérature Mineure, Rouen, 2017 – 8,00 €.