Hugo Marsan, Véréna et les hommes

Hugo Marsan, Véréna et les hommes

Ce récit sans compromis et sans fioritures d’une quête qui prendrait fin est une réussite totale

Passé inaperçu dans cette rentrée littéraire, le dernier roman d’Hugo Marsan mérite vraiment lecture. Le titre est étrangement choisi car le personnage sulfureux de Véréna est loin d’être le personnage essentiel. De même, la quatrième de couverture qui vend ce superbe roman comme un roman polyphonique qui affronte la confusion des désirs et les dérapages de l’identité sexuelle m’a intriguée. L’éditeur et moi n’avons certainement pas lu le même livre où n’en avons pas fait la même lecture. Loin d’être un livre racoleur sur l’identité sexuelle ou la mystérieuse et ravageuse Véréna, ce roman raconte simplement, de façon humaine et pudique, l’histoire de Marcel Merson, dramaturge tyrannique vieillissant, de sa cour, de ses amours et de sa retraite à Belle-île-en-mer. L’histoire, aussi, de tout ce petit monde parisien, amoureux du bel esprit et friand d’émotions, et de sa dislocation autour de la figure du père.

Ce livre-là, tout en profondeur et en subtilité, est peut-être le plus fort et le plus réussi de cet auteur. Si Place du bonheur (prix Renaissance de la nouvelle 2002) ou La Gare des faux départs, à la construction théâtrale tout à fait singulière – pour ne parler que des dernières parutions – ne manquaient ni de sensibilité, ni de brio, ni d’intérêt, l’auteur parvient ici à une intensité, une authenticité, une maîtrise impressionnantes. Du grand art. Un livre superbe sur la vieillesse, l’amour et l’écriture, et tapie derrière ces trois-là, la solitude, régnant en maître, que Marcel Merson, adulé et entouré, ne fuit même plus. Un livre cruel et tendre qui parvient presque, dans le désordre du monde et des destins, à une certaine sérénité.
Ce récit sans compromis et sans fioritures d’une quête qui prendrait fin est une réussite totale, un roman vrai, hors du circuit de la course médiatique. À ne pas manquer !

dominique baillon

   
 

Hugo Marsan, Véréna et les hommes, Mercure de France Collection Bleue, août 2004, 219 p. – 16,50 €.

 
     
 

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