Homs, Le Diable et Coral
Un ange gardien diabolique…
Prague en 1938. Un narrateur, qui s’avère être Satan, Lucifer, Belzébuth… parle de Coral, aujourd’hui âgée de dix-neuf ans et dont la vie, jusqu’ici, n’a jamais été simple. Mais, elle traverse le moment le plus difficile et sans se vanter, dit-il, il s’en attribue le mérite. L’affrontement est imminent et il promet d’être passionnant.
Coral, la fille de Gershon Loew, un rabbin exorciste, regarde un spectacle de marionnettes et dialogue avec le Diable qui se tient derrière elle, qu’elle est la seule à le voir. C’est ainsi qu’elle est tenue par une terrible malédiction. À la moindre mauvaise action, elle va sur le champ aux enfers. Or, en 1938, dans la capitale tchécoslovaque, elle risque une autre menace. Elle est juive et descend, par son père, du rabbin Juda Loew, le célèbre créateur du Golem. Cette proximité va la placer au centre d’un complot qui pourrait bien changer le cours de l’histoire car…
Josep Homs dévoile le parcours de son héroïne à partir du moment présent de la jeune femme, décrivant son quotidien et les raisons de sa situation. Puis, il plonge dans son passé, éclairant quelques scènes assez traumatisantes auxquelles elle a été confrontée en suivant son père dans ses fonctions d’exorciste. Il explicite les motifs qui l’ont amené à pouvoir être en lien avec Satan, le voir et pouvoir lui parler. Elle fut elle-même possédée. Son père réussit à faire sortir le Diable du corps de la fillette mais un accident a interrompu le processus bloquant un état inédit. Satan relate quelques histoires auxquelles il a été mêlé, dont il est fier et qui explicite le présent.
En disposant un lien avec la légende du Golem, cette créature de terre conçue par un rabbin pour protéger les juifs de Prague des pogroms qui les menaçaient au XVIe siècle, le scénariste installe un récit qui mêle ésotérisme, légendes et grande Histoire. Il place beaucoup d’humour dans des dialogues singuliers, tant de la part de Satan que de Coral.
Mais si le scénario est attractif en diable, c’est le cas de le dire, que peut-on exprimer à propos du graphisme ? On a pu admirer les planches d’une grande beauté dans les six tomes de Shi, la série scénarisée par Zidrou (Dargaud 2017 – 2023)
Dans ce présent album, dont il est l’auteur complet, il livre des pages étonnantes par la grâce du dessin et la gamme des couleurs. Il ose des perspectives peu communes, des vues en plongée et contre-plongée remarquables. Sa mise en page est hardie. Il s’inspire de quelques sources cinématographiques, faisant des clins d’œil au monde du cirque, à L’Exorciste de William Friedkin…
Un album remarquable en tout point que l’on a grand plaisir à lire et à reprendre pour en admirer les planches et savourer le récit et ses multiples développements.
serge perraud
Homs, Le Diable et Coral, traduction de l’espagnol par Geneviève Maubille, Dargaud, avril 2025, 112 p. – 22,95 €.