Grégory Rateau, De mon sous-sol
A l’abri de son exergue emprunté aux Carnets de Dostoïevski (« Parce que je suis coupable, enfin, du fait que même si j’étais doué d’une quelconque grandeur d’âme, je n’en éprouverais qu’une douleur plus grande à la conscience de son inutilité »), Grégory Rateau prolonge son cri de coupable (enfin presque).
Se repliant face à la tendre indifférence du monde, le poète reste le perclus et le reclus, son « nom traîné dans la craie » et une « sonnerie annonçant la sentence sur un air d’injustice». Il éprouve un rejet au côté des paumés « gros, petits, mal fagotés » et suit ou plutôt subit le cours des possessifs et dominateurs.
L’enfer reste son lieu et Villon le hante. Sans renier sa propre enfance, il tente de jouer tous les rôles en voyou mais proche des racailles et minables, mais en vivant solo et en pariant sur l’impossible. C’est pourquoi un tel livre reste terrible en sa légende des perdants ; le tout en espérant des arpents qui hélas ressemblent à des prébendes en des fausses hautes plaines. Elles restent une banlieue existentielle là où des « amis devenus » du poète médiéval ont fait bénéficier leur tiers d’une certaine violence et lâcheté
Jadis bouc-émissaire, le poète écrit en manière de survivance face à ceux (parents compris) qui l’ont renié une fois chose faite (entendons sa propre conception). Ne restent que le ridicule et la confusion, sous l’étau de haine et de peur. Un acharnement reprend : ce n’est pas forcément le bon. Mais reste à tenir via la course à pied, le cinéma, etc…
Des bourreaux, Rateau entend encore le rire terrible et méprisables de ses propres émotions. Le poète a tenté des erreurs. Elles semblaient tenir à lui mais les livres l’ont sauvé pour grandir face au bruit et la revanche jusque dans son sous-sol où trouver l’inspiration. Voire quasiment désespérer Dieu. Mais « rien n’a changé / en grandissant / je retrouvais / les mêmes silhouettes éplorées » autant à la télé que sur des boulevards périphériques où se croisent divers croyants empapaoutés.
Seule solution pour Rateau : être poète maudit. Mais qu’importe ! Il espère un jour être aimé ou connu. C’est pour lui d’une certaine manière miraculeux. A la fois pour dépasser « les liens du sang / pour y mêler une tout autre sueur/ la seule monnaie encore valable /pour racheter tout ce temps perdu ». Alors, poète, encore un effort !
jean-paul gavard-perret
Grégory Rateau, De mon sous-sol, éditions Tarmac, janvier 2024, 52 p. – 10,00 €.
