Giovanni Papini, Les Imbéciles
Ceux qui nous sauvent
Pour Papini, inséré dans la nébuleuse du futurisme, les imbéciles sont partout. Qu’ils prolifèrent n’est pas un grief : leur multiplication peut aussi être un avantage. Et l’auteur d’insister : « Si les hommes de génie n’avaient pas existé, nous serions encore des barbares mais, sans les idiots, le genre humain se serait éteint depuis bien longtemps ».
Selon lui, les plus nombreux et les plus puissants représentent un argument considérable en faveur de la Providence. L’immense coalition des idiots est donc une bénédiction puisqu’ils assurent la survie de la « race humaine » ou l’espèce. Mais, de plus, ils fomentent pour le vulgum pecus un divertissement salutaire et autorisent la plus grande paresse. En effet, si tous les humains étaient intelligents, il faudrait déployer tant d’efforts….
Ajoutons que les imbéciles assurent l’absence de tout génie. Mais vu la masse qu’ils représentent, ils dominent et créent la classe des oisifs. Toutefois, l’imbécile accepte volontiers des tâches, voire des responsabilités, que l’intelligent refuse.
Mais Papini va encore plus loin sur l’état du monde : les puissants sont souvent dotés d’imbéciles, d’autant qu’ils ne se superposent pas tout à fait à l’ignorant qui ne pense pas du tout. L’imbécile a ceci de dangereux qu’il se mêle de tout et volontiers d’art et de littérature et de politique. Alors, que demander de plus ?
jean-paul gavard-perret
Giovanni Papini, Les Imbéciles, traduit de l’italien par Sonia Broyart & Fabienne Lesage, Editions Allia 2025, 48 p. – 3,20 €.