Fabien Nury, Brüno & Laurence Croix, Electric Miles – T.01 : Wilbur

Fabien Nury, Brüno & Laurence Croix, Electric Miles – T.01 : Wilbur

Dans une boutique de comics, un homme regarde des couvertures de Outstanding Science-Fiction. Il est abordé par Morris Millman. Celui-ci a reconnu Wilbur H. Arbogast, un auteur dont il est fan, célèbre il y a quelques années. Morris a abandonné l’idée d’écrire. Il est devenu agent littéraire.
Parce qu’il pleut à verse, Morris propose à Wilbur de le déposer quelque part. Dans la voiture, la conversation porte sur la carrière de l’auteur, sur le fait qu’il n’écrit plus, lui qui était si inventif, si prolifique. En effet, il n’a pas publié depuis sept ans parce qu’il est mort. Il raconte les circonstances, ce qui lui a été révélé, ce qu’il faut qu’il fasse découvrir au monde entier. Il a couché cette vérité sur le papier. Il a voulu le faire éditer mais, des trois personnes qui ont lu son manuscrit, deux sont devenues folles et sont internées, le troisième l’a remercié et s’est jeté du 28e étage.
Cela ne freine pas Morris qui voit une énorme opportunité pour sa carrière. Or, Wilbur a bien d’autres projets avec ce texte car il veut…

Avec ce premier tome, Fabien Nury et Brüno emportent les lecteurs dans un univers de science-fiction et de thriller se déroulant dans les années 1950, à l’âge d’or des pulp. Ils font référence aux productions littéraires américaines de l’Après-Seconde Guerre mondiale où se sont illustrés tant d’auteurs devenus des classiques dans leur genre comme Hammett, Chandler, Asimov, Van Vogt…
Le projet hante l’esprit des deux créateurs depuis de nombreuses années. Mais ils n’avaient pas pu trouver un point de vue, un personnage original qui leur conviennent. Puis ils se sont orientés vers l’idée de décrire la vie d’un auteur de pulp. C’est ainsi qu’est né Wilbur, un écrivain déchu mais qui garde une belle ambition, qui rêve de devenir quelqu’un de puissant, un maître. On peut faire un rapprochement avec L. Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie, par ailleurs écrivain médiocre.

Et les auteurs installent une histoire bien plus profonde, plus tortueuse qu’elle ne paraît, introduisant la psychanalyse, la manipulation mentale, des extraterrestres, un fond religieux, des vérités dévoilées, une expérience de mort imminente… Ils mettent en scène la psychogénie, une pseudo-science où se mélange des rudiments de psychanalyse, la pratique de la confession catholique et l’hypnose.
Parallèlement, ils font vivre le parcours de Morris et de son épouse qui occupent une place importante dans le récit. C’est un fan qui ne perçoit pas les conséquences de son engagement auprès de l’auteur qu’il admire.

Le graphisme est porté par le dessin si particulier de Brüno et par la mise en couleurs peu commune de Laurence Croix. Le premier installe son dessin réaliste, épuré, réduit souvent à quelques traits énergiques mais essentiels. Il choisit de doter son personnage de lunettes de soleil qui occultent son regard, laissant toute latitude d’imaginer les sentiments qu’il peut ressentir. Ce sont également deux miroirs qui reflètent l’extérieur. Et Brüno ne se prive pas d’exploiter cette possibilité. La mise en page, le découpage sont riches en variétés.
Laurence Croix apporte à ces planches une colorisation forte, en aplats, en adéquation parfaite avec le dessin et les émotions exprimées.

Ce premier tome d’Electric Miles est passionnant pour son intrigue tortueuse à souhait, l’évolution des protagonistes, les développements d’une forme de folie, le tout superbement mis en images par un duo de créateurs de talent.

Fabien Nury (scénario), Brüno (dessin)& Laurence Croix (couleurs), Electric Miles – T.01 : Wilbur, Glénat, coll. 24×32, avril 2025, 104 p. – 20,50 €.

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