François Olislaeger et Pauline Fondevila, (Little P. in) Echoesland
Denoël Graphic frappe à nouveau et propose un projet mutant, plein de poésie et de citations, à la mise en scène incroyable.
Certains livres sont presque des objets de collection. Celui-ci est d’une beauté surprenante, avec sa couverture noire et jaune. Cette sobriété se retrouve paradoxalement dans ce récit en forme de clin d’œil et d’hommages – à commencer par le titre. Fait de citations musicales, littéraires, cinématographiques… il narre l’épopée fantastique d’une jeune femme qui tombe amoureuse. Tour à tour drôles, émouvantes, cyniques ou critiques, ses aventures sont découpées en planches numérotées. Il en ressort un effet étrange de compartimentation poétique et de jeu avec la construction narrative.
La scénariste Pauline Fondevila est à l’origine de cette bande dessinée mutante, conçue lors de sa résidence d’artiste et exposée partiellement au musée d’art moderne de Sabadell en Espagne. Les illustrations du jeune François Olislaeger – il a à peine 27 ans ! et une seule publication à son actif – collent à merveille avec le récit. Leur légèreté, leur simplicité alliées au jeu des couleurs créent un univers à part, tout en respectant le monde voulu par Pauline Fondevila. Les anecdotes raviront ceux capables de les identifier et les plus cultivés s’amuseront à débusquer tous les hommages, se servant comme base de départ de la liste sise en plein milieu de l’ouvrage. Mais avant de vouloir impressionner ses amis, mieux vaut réviser en solo ! Si une bonne partie est accessible au commun des trentenaires, quelques-unes des références ne sont pas si évidentes que ça.
À l’image de textes musicaux parodiques produits à la fin du siècle dernier, cette production se veut humoristique et caustique à la fois. Car c’est un personnage noyé, à la dérive, seul devant son écran d’ordinateur qui nous livre ses pensées. Et on ne pouvait pas en attendre moins d’un livre publié dans cette collection incroyable qu’est « Denoël Graphic ». En effet, si les dessins sont originaux, le traitement de l’histoire ne l’est pas moins : hormis quelques bribes de musique et des titres de livres, il n’y a pas de texte. On voit des affiches, des messages, des banderoles mais nul échange verbal. Tout est dans les regards, les gestes, les attitudes. Et dans notre société bavarde, on s’aperçoit que le son est superflu. L’histoire s’en passe très bien et le lecteur – devenu le voyeur ? – peut alors apposer ses propres dialogues, sa musique intérieure. Il ne s’en approprie que mieux ce petit conte apparemment ordinaire.
Difficile de juger d’un tel ovni, cependant on retiendra un monde à part entière, doté d’une force peu commune de poésie et de douceur. Ceci, malgré les pièces – ou peut-être grâce à elles – constituant ce patchwork élégant, des pièces datant déjà d’un siècle passé, et pourtant si pleines d’évocations et de souvenirs…
anabel delage
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François Olislaeger et Pauline Fondevila, (Little P. in) Echoesland, Denoël Graphic, 20005, 48 p. – 15,00 €. |
