Pontet et Froideval, Chroniques de la Lune Noire – Tome 12 : « La porte des Enfers »
Voici un tome plus qu’attendu ! La Lune Noire serait-elle la grande gagnante de la guerre ou n’a-t-elle remporté qu’un round décisif ?
Wismerhill poursuit ses aventures trépidantes. Devenu empereur, lié à des entités effrayantes, il a parcouru un chemin long et sanglant pour en arriver là. Généreux, il a récompensé ses amis, enfin ceux lui étant restés loyaux. Alors qu’ils prennent la mesure des responsabilités leur incombant désormais, ils découvrent que de drôles de choses se déroulent sur leurs terres. Wismerhill quant à lui, fait la rencontre de son père… Une pièce d’un étrange puzzle qui s’ajoute, sans qu’il sache pour autant où la caser. Mais, plus grave encore, l’Oracle est en danger. N’écoutant que son courage, Wismerhill se lance dans la mêlée. Mais les informations qu’il possède restent partielles. Fera-t-il le bon choix ?
Froideval continue d’entremêler les intrigues et de manipuler son pantin au gré des événements. Et l’homme est doué ! Là où on pense voir une grosse ficelle, on ne trouve que finesse et renversements inattendus. Ce douzième tome est à la hauteur des précédents : on retrouve les allégeances douteuses, les trahisons, alimentées par la fougue et la précipitation d’une marionnette au caractère bien trempé. L’ensemble fonctionne bien et le lecteur dévore une fois de plus les pages, pimentées par l’humour imparable qui fait le charme d’une série finalement violente et cruelle. On sent l’inspiration commune aux grandes tragédies grecques ou vikings, avec des dieux s’ennuyant au point de nouer des intrigues dont leurs propres protégés sont les premières victimes et lançant des paris stupides avec leurs voisins de tablée histoire de se divertir un peu… car l’éternité est sacrément longue !
Pontet quant à lui continue de servir des doubles pages hallucinantes, rehaussées par la mise en couleur d’Yves Lencot. Les femmes sont toujours dotées de physiques attrayants, les hommes d’armures rutilantes. Mais si certaines planches sont vraiment très belles, on regrettera que d’autres aient, semble-t-il, été dessinées un peu vite. À vrai dire, on pourrait croire à des esquisses car certains détails ont un aspect légèrement brouillon, qui fera regretter aux fans les premiers tomes où le génie d’Olivier Ledroit transfigurait les scènes et où un simple regard pouvait illuminer l’ensemble. Ceci dit, ce point faible est largement compensé par la vitalité du trait, le rythme et surtout la construction soignée des cases. Et il faut chercher la petite bête à la loupe pour dégotter un défaut quelque part, et encore…
Ce tome ne devrait décevoir personne. On replonge avec plaisir dans la grandiose fresque teintée de rouge, de vert et de jaune, où les héros se vautrent dans les plaisirs de la vie, que ce soit en combattant ou en ripaillant. L’aspect médiéval fantastique continue de séduire, les valeurs sont celles d’hommes jouissant de la vie et le tout est très réaliste… pour ceux qui croient aux dragons, bien sûr.
Cet épisode relate un moment attendu : celui de la rencontre du père et du fils. Et elle est à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre : pleine d’humour et de politique. Mais qui a intérêt à manipuler l’autre ? Rien de neuf donc, on est bien dans l’esprit des Chroniques. Les éléments présents sont ceux d’un succès assuré et on est si vite arrivé à la dernière page qu’émettre des critiques autres que laudatives est un véritable exercice de style. À lire d’urgence, que l’on soit amateur invétéré ou simple connaisseur.
anabel delage
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Pontet et Froideval, Chroniques de la Lune Noire – Tome 12 : « La porte des Enfers », Dargaud, 2005, 52 p. – 13,00 €. |
