Franck Thilliez, À retardement
Déflagrant !
Éléonore Hourdel, 35 ans, est psychiatre dans l’unité pour malades difficiles de Chambly, dans l’Oise. Bien que ce soit la Saint-Sylvestre, elle rentre chez elle, épuisée, pour dormir. Un homme s’introduit chez elle et la menace. Il l’accuse d’avoir détruit sa vie à cause de son analyse psychiatrique qui exonère de toute responsabilité l’assassin de sa femme et son fils. Et il se tire une balle dans la tête devant elle.
Franck Sharko commence une enquête pour retrouver Christiane Barlois. Elle a disparu, revenant de la piscine, en traversant le parc des Buttes-Chaumont. Rien n’explique cette situation. Malgré toutes les investigations, l’équipe n’aboutit pas. Ils sont dessaisis de l’affaire pour s’engager sur une autre. Un homme a été retrouvé violemment assassiné, à coups de tournevis, près de son lit. Mais le plus surprenant est la totale absence de traces biologiques du défunt. Tout est propre et il n’a pas d’empreintes digitales.
Dans l’Unité, un nouvel arrivant en plein délire, croyant être poursuivi par des vers, mobilise Éléonore. Il a poussé quelqu’un sur les rails et ne possède aucun papier permettant de l’identifier.
Du côté de l’équipe de Sharko, les affaires piétinent. Or…
En entrant dans une nouvelle enquête de Sharko, le lecteur a l’assurance de pénétrer dans des zones peu fréquentées par le public. Il en est de même quand il aborde, comme sujet principal, un domaine utilisé dans le cadre de nombreuses fictions, comme c’est le cas des maladies psychiatriques. Mais, il est vrai que leur complexité offre un terrain presque infini pour les aborder.
L’auteur décrit les approches des soignants, le travail qu’ils doivent faire à la fois sur eux et sur les patients car chaque nouveau cas s’apparente à une plongée éprouvante dans les abysses de la folie. Il aborde avec habileté les frontières entre la responsabilité et la culpabilité, l’état de discernement ou d’égarement. Il cite la schizophrénie paranoïde, l’une des plus terribles et terrifiantes maladies mentales.
Le romancier s’est immergé dans une unité pour malades difficiles animant, en contrepartie, des ateliers d’écriture auprès de patients. Il a découvert un univers qu’il tente de retranscrire au mieux, écrit-il, dans ce livre (vous avez parfaitement réussi, rassurez-vous !). C’est donc avec une approche nourrie aux meilleures sources qu’il met en scène ces malades et leurs troubles, leurs obsessions, leurs difficultés de vie.
Il donne des précisions remarquables comme, par exemple, l’usage du Dati par les soignants. C’est un téléphone qui alerte tout le personnel quand le malade reçoit un choc ou qu’il reste plus de vingt secondes en position horizontale.
Mais l’auteur développe aussi une intrigue qui prend en compte nombre d’autres facteurs jusqu’à un récit d’une intensité presque oppressante, tant les faits s’accumulent, s’entremêlent pour ourdir une toile dont il maîtrise la confection avec maestria.
Franck Thilliez remet en scène son équipe de flics autour de son héros et de son héroïne. Ils n’ont rien des super-enquêteurs que l’on peut croiser dans divers récits, films ou séries. Ce sont d’abord des femmes et des hommes avec leurs faiblesses, leurs défauts, leurs qualités, leur vie plus ou moins facile, mais aussi leur volonté de croire en une justice.
De plus en plus d’auteurs livrent, en fin de volume, les pistes qu’ils ont suivies, les déclencheurs de telles ou telles phases d’intrigue, les libertés qu’ils ont prises avec des faits réels, des personnages authentiques. Avec humour, Thilliez laisse dans l’ombre, en le spécifiant, une information essentielle sachant que des lecteurs commencent par cette partie-là.
Un nouveau roman qui vous emporte dans un univers terrifiant, une histoire pleine de rebondissements contée de belle manière. Un roman qui colle à la mémoire !
serge perraud
Franck Thilliez, À retardement, Fleuve éditions, coll. Thrillers, mai 2025, 456 p. – 22,90 €.