Felix Macherez, L’épitaphe

Felix Macherez, L’épitaphe


Etrange revêche, le héros du livre – Cid Sabacqs – poursuit une mystérieuse quête. Amer, sceptique, dédaigneux et prétentieux, il crache son mépris envers les autres. Epigone péteux de Cioran, il vit le même désenchantement que lui. Mais il joue le dandy, d’une élégance voyante tout en se dandinant en un manteau rouge. Certes, il aime les femmes laides (un peu) et trop fardées – qui ne l’empêche pas de forniquer à tout va. Et c’est un euphémisme.

Toutefois, ayant vaticiné sur son suicide, son grand souci est de découvrir l’épitaphe idéale pour sa tombe. L’objectif : « Ne pas laisser à la mort le mot de la fin, mais laisser aux mots le soin de révéler la signification de la fin, et à la fin la signification du sens des mots ». Sa vie étant un échec, il veut donc peaufiner son départ au besoin en copiant des propos dont ceux de L’Idiot de Dostoïevski dont la classe littéraire, pour une épitaphe, transcende sa vie par la puissance de l’écriture – quoique souvent fragile et incertaine.

Cid Sabacqs estime secouer les secrets de l’être sans se soucier de l’utilité pratique. Renifleur du verbe idéal, il fréquente des sources d’inspirations : les cimetières, même celui pour chiens d’Asnières sans oublier les pompes funèbres. Finalement (enfin presque), des épitaphes retiennent l’attention. Il hésite devant « Ci-gît Cid » tout en soulignant qu’un désespéré peut nous toiser. Entre autres conventions, il peut oser nier la traversée du Styx par un « A nous deux, asticot ! ».

De fait, jusqu’au bout l’épitaphe ne sera pas choisie et l’advenir du héros non plus. Mais cela devient un divertissement de l’auteur : placer la mort au cœur de tout pour soliloquer avec elle permet à un tel roman d’êtte bien plus vivant que beaucoup d’autres, là où Macherez reste un adepte de Schopenhauer.

Felix Macherez, L’épitaphe, Editions Gallimard, collection L’Arpenteur, 2026, 152 p. – 14,00 €.

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