Fan Tong, Petit marché Double bonheur

Fan Tong, Petit marché Double bonheur

Pendant le pont du 1er mai, le commissaire Wang enquête sur le meurtre d’une mercière dans le Petit marché…

L

es Éditions Kailash et leur collection Mystère & boule d’opium proposent souvent des livres dignes d’intérêt. Ce sont toujours de beaux livres-objets pleins de classe, imprimés dans l’ancien comptoir français de Pondichéry. Et les fautes que l’on y trouve ont quelque chose de toucahnt – comme dans les romans du cinéaste indien Satyajit Ray, auteur fétiche de la maison.


Depuis deux ans, Fan Tong nous emmène dans cette Chine nonchalante et paradoxalement énergique, où les traditions se mêlent aux usages nouveaux qu’amène l’ouverture au monde moderne et occidental. Après Les Chinoises au bain en 2002 et Immortels et paniers de crabes l’année suivante, Fan Tong et son commissaire Wang reviennent pour notre plus grand… bonheur dans un court roman intitulé Petit marché Double bonheur.

Il y est question de l’intrusion des supermarchés dans les quartiers populaires des grandes métropoles chinoises. Le Petit marché et ses vendeurs de toute sorte qui dorment sur leurs étalages sont en grand danger, menacés par l’implantation imminente des magasins Double bonheur qui sont omniprésents dans cette histoire.

Une mercière, vendeuse de chaussettes de contrefaçon, est retrouvée assassinée un matin du week-end du 1er mai alors que les principaux collègues de Wang sont en congé. Il n’y a que le commissaire Wang pour s’apitoyer sur son sort et tenter d’élucider ce crime. Très vite, les soupçons se portent sur le président-directeur général de la chaîne Double bonheur – un coupable idéal. Seul hic, il n’y a aucune preuve ; c’est, de surcroît, un personnage de haut rang éminemment respecté. L’enquête paraît donc vouée à l’échec, d’autant que les bourgeois du quartier voient d’un bon œil la disparition du Petit marché au profit de ces beaux centres commerciaux de conception moderne.

Comme toujours avec Fan Tong, les dialogues intérieurs des personnages sont importants. Ils ont le mérite d’être simples, et de reposer sur une logique toute orientale que l’on retrouve chez Shi Nai-An (Au bord de l’eau) et chez Lao She (Quatre générations sous un même toit) alors même que ces deux auteurs ont écrit à près d’un demi millénaire de dsitance… Rien de surprenant à cela quand on sait combien la pensée taoïste imprègne les mentalités et conditionne le rythme comme l’univers d’une œuvre de fiction – une pensée d’une logique implacable qui laisse place à un mélange de défaitisme, d’énergie et de poésie fleurie.

Petit marché Double bonheur est un pur plaisir de lecture – et l’on regrettera sa brièveté, tout en guettant impatiemment la publication du prochain récit. Un dernier petit détail mais qui a son importance : l’illustration, comme toujours chez Kailash, est une belle peinture orientale agréable à la vue et au

julien védrenne

     
 

Fan Tong, Petit marché Double bonheur, Éditions Kailash coll. « Mystère et boule d’opium », 2004, 145 p. – 11,00 €.

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