Eric-Emmanuel Schmitt, Le Poison d’amour & Le Carnaval des animaux
Deux ouvrages qui n’ont de commun que leur auteur
Eric-Emmanuel Schmitt peut à juste titre être taxé de stakhanoviste. Entre théâtre, cinéma, nouvelles, essais et romans, il ne laisse pas à ses admirateurs le temps de s’ennuyer bien longtemps. 2014 n’a pas dérogé à la règle en la matière, puisqu’il a publié chez Albin Michel deux ouvrages totalement différents.
Le premier, qui constitue la seconde partie de son diptyque consacré à la passion (suite de L’Elixir d’amour paru au printemps), se présente sous la forme d’un journal intime. Ou plutôt, d’extraits des journaux intimes de quatre adolescentes – Anouchka, Raphaëlle, Colombe et Julia – liées par une amitié comme on en vit à cet âge, entière et sans concessions. Élèves au lycée Marivaux, où l’on monte Roméo et Juliette pour le spectacle de fin d’année, elles découvrent l’amour et ses passions, mais aussi ses vicissitudes. Chacune à sa façon, avec sa personnalité propre, elles abordent les aléas du passage à l’âge adulte avec leur naïveté, leur entièreté aussi. Jusqu’à l’extrême. Les protagonistes apprennent à séduire, à exercer leur pouvoir sur les garçons, mais aussi à jalouser et à trahir. Et c’est dans le secret de leurs écrits intimes qu’elles se révèlent femmes à part entière.
Ce court récit initiatique sur un thème pour le moins éculé se laisse lire avec plaisir – le sens de la formule et l’approche psychologique du l’auteur y sont pour beaucoup –, même si l’on peut aussi lui trouver les travers de ses qualités, à savoir un style qui s’apparente à tout sauf aux écrits d’adolescentes et une certaine superficialité qui n’apporte pas grand-chose de bien nouveau sur le thème.
Le second titre paru sous le nom d’Éric-Emmanuel Schmitt est une sorte d’OVNI, mi-littéraire, mi-musical. Il s’agit en fait de l’adaptation du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns vu par Francis Blanche, un texte d’accompagnement du chef-d’œuvre auquel Schmitt reprochait de « marcher à côté de la musique sans aider à la faire mieux entendre, sans dévoiler l’incroyable performance de Saint-Saëns. » Partant du principe que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il décide donc d’en proposer une version en vers. Le but ? « Montrer comment Saint-Saëns arrive à créer des animaux à partir d’instruments ».
On y croise donc, grâce aux textes de Schmitt, à la musique de Saint-Saëns, aux aquarelles de Pascale Bordet qui illustrent l’ouvrage et à la voix de la narratrice sur le CD d’accompagnement, l’humoriste Anne Roumanoff, les éléphants, le coucou, l’âne, le coq… Une jolie histoire à partager en famille.
agathe de lastyns
Eric-Emmanuel Schmitt,
– Le Poison d’amour, Albin Michel, octobre 2014, 166 p – 15,00 €
– Le Carnaval des animaux, illustrations de Pascale Bordet, musique de Camille Saint Saëns), Albin Michel, octobre 2014, 72 p. et CD – 22,90 €