Enrico Marini, Les Aigles de Rome – Livre VIII
Dans le cours de l’Histoire, les enjeux personnels…
Au moment où s’ouvre le livre VIII, la situation est la suivante : Arminius – Ermanamer – a vu sa haine envers les Romains s’accroître depuis que ceux-ci ont enlevé Thusnelda, son épouse enceinte. Il veut que la Germanie s’embrase À Rome, Morpheas est contrainte de servir Seianus pour retrouver son petit-fils.
Falco, le frère d’éducation d’Arminius, est dans l’armée de Germanicus. Celui-ci s’apprête à franchir le Rhin pour combattre les barbares.
L’action se déroule en l’an 15 apprès J.-C. À Rome : dans des souterrains, Morphea sacrifie le frère aveugle de Cabar. Elle invoque Orcus, un démon des Enfers pour qu’il se déchaîne contre Arminius. Dans le même temps, en Germanie, Cabar et Falco s’entraînent au combat. Mais Cabar est un instant distrait, ressentant un drame qui touche son frère. Marcus Valerius Falco veut reprendre les Aigles perdus, qui trônent dans la demeure de Loknar. Celui-ci reçoit Arminius qui exige son engagement contre les Romains.
Morphea doit rapporter au préfet Seianus de quoi faire chuter le sénateur Rupilius. Or, celui-ci la dégoûte par ses fantasmes. Mais c’est elle qui suggère de faire tuer Thusnelda avant qu’elle n’arrive à Rome avec un Germanicus victorieux.
Parallèlement, Falco doit protéger Thusnelda qui est en danger. Et le danger se précise depuis qu’un nouvel arrivant, avec deux centuries de prétoriens, a été chargé d’une mission par Seianus. Falco s’engage alors dans un combat…
Avec ce nouvel opus, Enrico Marini prouve qu’il reste un des meilleurs auteurs actuels de la bande dessinée historique. Dans cette série où chaque tome atteint son but, il met en avant, plus qu’une fresque guerrière, un récit où l’amitié est malmenée par la politique, ou s’entremêlement la violence des situations et celle des sentiments humains.
Dans la continuité des événements précédents, l’auteur renouvelle l’intérêt en organisant une partie de l’intrigue sur la psychologie des personnages. Il montre, ainsi, des individus que l’Histoire amène à des points de non-retour, des personnes écrasées par un destin tragique.
Le graphisme d’Enrico Marini reste toujours aussi notable, d’une éclatante beauté. Il met en scène des batailles avec une superbe lisibilité, avec une chorégraphie remarquable. L’expression des visages, la gestuelle des protagonistes sont exemplaires. Le sens du détail historique, les couleurs charnelles, concourent à la création de planches magistrales.
Ce tome propose une intrigue sombre, une mise en scène superbe. La trame du récit, toujours en tension, entremêle des destins bousculés dans une tragédie à l’antique où ambitions, jalousies, trahisons, amours, assassinats sont monnaie courante.
serge perraud
Enrico Marini, Les Aigles de Rome – Livre VIII, Dargaud, septembre 2025, 64 p. – 17,50 €.