Edouard Chalamet, Aubades

Edouard Chalamet, Aubades

Préséances du promeneur

Après le succès de Reliques d’un monde vacant, Aubades est la deuxième publication d’Édouard Chalamet né à Gaspé au Québec, de parents français. Élevé en bord de l’estuaire du Saint-Laurent, il rentre en France, pour des études universitaires, conclues par une thèse de doctorat intitulée Violence historique et espace littéraire. A partir d’André Suarès. Restée inachevée, elle a donné lieu à l’édition critique de la correspondance entre André Suarès et Gabriel Bounoure chez Gallimard.

Ces Aubades gravent le poème lancé des premières lueurs du jour, sous formes de proses et du chant du promeneur solitaire. Il se perd sur les chemins, dérive, gravit la butte au centre du village, lieu dont il assure l’ouverture et l’entretien, cerclé d’arbres et d’oiseaux. Dans la lenteur de l’aube et le réveil du monde, tout devient une invitation au voyage intérieur et, autour de soi, vers l’émerveillement.
Et ce, dans  l’oubli de toute notion de soi sans souci d’objectif et d’arrivée. L’impossible est sinon accueillant du moins mortifère, sans retour mais apparait le champ de l’acceptation de celui qui virevolte plus de force que de gré comme un papillon autour d’une ampoule.

En renonçant à ses rêves et à l’apogée de sa réussite, l’auteur subit ce qu’il y a autour voire le rien qui, sous ses yeux, semble fantastique. Il s’agit simplement pour l’auteur de «précéder quelque chose sans bien savoir quoi encore ». L’appel et l’ouverture du jour restent un élément car le but est de : « se précéder» mais aussi ses souvenirs, ses projets, et «toutes ces manières dont se trame une théorie de soi-même ». Il s’agit de trouver et d’inventer des choses en absence de l’auteur lui-même.

En ce sens en zigzags, Chalamet avance, éprouve et ressent en abstraction d’un souci kantien du temps. Revenir sur ses pas est une possibilité mais selon une sorte d’harmonie des gestes afin de mesurer l’ampleur et la démesure de la vacuité des choses. Ainsi, cette déambulation méditative est impressionnante et, par delà la routine et le parti pris des choses, crée une prodigalité d’interminables leçons là où tout lieu permet la présence de ce qui est mais que l’écriture et la pensée approfondissent et métamorphosent .

La dimension mémorielle de ces images, si elle n’est pas une préoccupation première de leur production « minière » (à savoir des profondeurs), peu à peu fait disparaître des façades. Elles sont désormais recouvertes de matériaux plus lisses et plus faciles à entretenir. Elles sont installées principalement en grands motifs en damier comme si la psyché en zinc pré-oxydée portait les marques de l’exposition aux intempéries humaines.

jean-paul gavard-perret

Edouard Chalamet, Aubades, Illustrations d’Ece Bal, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2025, 72 p. – 17,00 €.

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