Dans le brouillard de la lagune : entretien avec l’artiste Giulia Andreani

Dans le brouillard de la lagune : entretien avec l’artiste Giulia Andreani

Quoique trouvant son inspiration et sa matière première dans l’histoire, Giulia Andreani la « réimage » poétiquement complétant au besoin ce qui s’efface par le dessin. L’artiste restructure chaque plan après avoir déconstruit les photographies officielles signes de l’idéologie de l’époque. L’aspect « vieilli » des peintures devient par lui-même le signe que les idéologies politiques, religieuses voire sexuelles furent mortifères mais aussi mortelles.
Les oeuvres brouillent les grilles de lecture, créent des torsions programmatiques, obligent à plonger en eaux troubles. Le réel est comme démenti. L’artiste le dégage de son étau physique sans toutefois le porter vers le vice de l’idéalité – bien au contraire. L’art redevient l’amalgame de signes visuels qui échappent à la seule fonction de communication et de référence. Il atteint un rôle supérieur et premier en ouvrant l’imaginaire par la remise en jeu du politique.

Entretien

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Parfois une nouvelle idée, parfois mes brulures d’estomac.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils sont là avec moi. Ils vont très bien.

A quoi avez-vous renoncé ?
A être qui on me dit d’être et faire ce que l’on me dit de faire.

D’où venez-vous ?
D’Italie.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Un Corse.

Qu’avez vous dû « plaquer » pour votre travail ?
La famille et la lumière du sud.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Pas de petits plaisirs.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Un grain de beauté.

Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpela ?
Le brouillard sur la lagune dans le bus pour Venise, en parcourant le Ponte de la Libertà.

Et votre première lecture ?
Première Première? Je ne me souviens pas exactement. Des catalogues de dermatologie qui traînaient dans le salon peut être, mais je me souviens d’une histoire de chat détective. « La società dei gatti assassini » (en français : « Felidae ») de Akif Pirinçci.

Pourquoi votre attirances vers le portrait historique et son « détournement » ?
Car le portrait et l’histoire nous regardent.

Quelle musique écoutez-vous ?
Quand je l’écoute c’est très varié. Cela va de Erlenkonig de Schubert à Fok jolle naiiers de die Antwoortd, ou la radio. Parfois le silence est très bien à écouter aussi.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Pas qu’un mais le premier qui me vient à l’esprit : « Job ». « Roman d’un homme simple », Joseph Roth.

Quel film vous fait pleurer ?
« Sciuscià ».

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Plein de gens.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
J’ai toujours osé. Parfois j’ai eu la flemme et je le regrette.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le Lac Triton.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Ceux avec qui je discute régulièrement et d’autres, mais ils sont morts.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un gilet pare-balles taille 34 et la monographie de Hannah Hoch par Maud Lavin. C’est dans un mois et demi, merci.

Que défendez-vous ?
Le doute. La laïcité. L’amour.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Quitter cet ordinateur et retourner vite à l’atelier.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Oui.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Ce que j’ai mangé à midi. (C’était bon!).

Présentation et entretien réalisé par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 7 décembre 2014.

Laisser un commentaire