Daniel Dezeuze, Eros Semi Courtois
Savez-vous ce qu’il en est de la peinture ? Savez-vous ce qu’il en est de l’amour ?
Il y a sans doute bien des moyens d’aborder l’intime de l’amour comme celui de la peinture. Afin d’entrer dans ce qui en perle, Dezeuze l’ouvre à un « obscène » très particulier. Il ne peut plus satisfaire le voyeur mais vient au contraire lui offrir une sorte de trompe-l’œil. Il faut bien avouer qu’un tel artiste n’a jamais été un débiteur de la peinture de représentation. Il sait que l’art ne singe jamais la réalité mais que la seconde copie la première à la condition toutefois que les artistes soient capables de réapprendre à voir.
Pour autant, Dezeuze refuse à l’art l’aspect tout sacré. Ce dernier fait du voir une croyance et d’une croyance une visibilité. A l’opposé, l’artiste pense la topologie de l’art au-delà de tout principe de simple « représentation » au sein de ses séries. Il le proposa entre autres par des « décadrages » divers et désormais des « blindages » qui tordent le cou jusqu’aux symboliques admises. Plus précisément pour le cas qui nous intéresse, celle de l’amour en son arc et flèches dérisoires.
Dans Eros Semi Courtois, l’amour et la peinture sont sans cesse ironisés. Le créateur découvre se qui est couvert et couvre ce qui habituellement est à nu. A la suite de ses « Peintures qui perlent » (Galerie Daniel Templon), celles du livre débordent du cadre rigide de la page et de la névrose obsessionnelle. Le créateur met l’accent sur un jeu de rectangles plus ou moins saturés. Tous avivent le regard. Celui-ci passe et repasse à travers des pleins et des vides.
A coup de figures géométriques – agrémentées d’autres figures elles aussi géométriques mais plus colorées et plus petites qui viennent se déposer comme des papillons sur la trame majeure – se perçoit une sorte de degré zéro de l’amour : l’œil est saisi par des creux et des vides qui habitent les pages. Dans l’abstraction et ses développements, la nature même de la peinture comme celle de l’amour se transforment en une extase particulière articulée sur ce qui pourrait bien s’apparenter au néant du leurre.
Dezeuze tourne ainsi autour de l’énigme de la présence de la peinture comme de l’amour afin de déboucher sur la béance que paradoxalement la compacité clôt. Il ne laisse d’autre issue que le blocage des interstices d’un possible. Lequel demeure parfois sous forme de frêles indices. L’artiste depuis toujours aime maintenir ce type de suspens aigu, drôle et lancinant, gage d’espoirs mais de bien de doutes. Si bien qu’en bout de route une double question nous est retournée : et vous que savez-vous de la peinture et de l’amour ?
jean-paul gavard-perret
Daniel Dezeuze, Eros Semi Courtois, Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2012, 24 p. – 240,00 euros.