Concis des rations
Corps puce I
« Tu veux ? » : qui l’a dit ?, répétant devant nous le geste ancien qui est pour appeler. Une main dans ton dos, invisible, et l’autre caressant ton nid. « C’est pour toi », pour aller et venir entre les corps ici séparés de la lumière. – « Tu veux ?». « Si tu veux ». – « Tu as peur, je sais que tu as peur. Il ne faut pas ». Tu souris. Tout est là, regarde : il n’y a rien de l’autre côté de la lumière. Personne dans l’ombre. Pas de dieu. C’est là, tu dis. Tu ajoutes : « C’est la terre qui est pour nous tout le divin. Regarde : c’est là seulement que tout vient comme ça ». Se tenir ensemble un temps dans la lumière.
Notre partage fait chaque paraître comme un dieu. C’est ça le divin. Tout ce qu’il y a, c’est tout ce qu’il y a: rien dessous. « Noire » tu dis, puis lumière. Ciel et terre ici s’étreignant dans la lumière. Corps nus tremblants l’un devant l’autre et s’embrasant et s’étreignant. « Regarde, peau contre peau », tu dis. Et tu ajoutes : « regarde cette venue ici de chacun comme ça, offrant à l’autre tout le ciel qu’il y a, immense, immense, inconnu oui. Tout l’intime dedans, nous grand ouvert sur le dehors. Tout ce qu’il y a, c’est tout ce qu’il y a, là et pas là . Noir et rose dessous sans fin. Lumière et retour, vie et mort, corps passant seulement, suspendus ensemble au bord du noir.»
C’est ça qui est beau », tu dis. Et tu ajoutes : « ce cœur au bord. Etre là c’est tout. Mains yeux lèvres et tout ça se confiant comme ça tout l’amour ». – « Tu veux ? », – « C’est maintenant si tu veux ». Ils attendent. Nus, revenus on dirait de l’autre. Bord du temps et s’avançant comme ça au bord nu de l’image pour nous montrer. D’un côté, le fond sans fond de l’origine, rien.
jean-paul gavard-perret
Photo inconnue