Cole Swensen, Et et et
Sauts et gambades
Dans Et et et de Cole Svensen, chaque texte en prose est individuel, mais s’enchaîne aux autres. D’où par le passage de l’un à l’autre un débordement qui devient dans ce texte son principe là où le langage est, d’une part, quelque chose qui ne peut pas être contenu et, d’autre part, générateur. En conséquence et ici, chaque énoncé génère ce qui le suit mais, comme l’indique la conjonction « et », ces énoncés ne sont jamais subordonnés à ce qui les précède ou les suit. Chacun a sa propre souveraineté et son intégrité.
Dans une telle construction du poétique, « Le Langage Entasse » mais, entre chaque texte, de l’air passe et des éléments peuvent s’y perdre ou passer là où ils existent tous dans le (et en tant que) langage, ainsi que sous leurs formes corporelles, mentales et aussi théoriques chez un tel auteur.
La pensée se crée dans une forme de glissade. Elle suggère associations, connexions et possibilités au-delà des limites de la logique là où des perceptions (même entre elles) créent une telle structure. Elles font naître les poèmes: comme un engagement envers le monde réel. Bien qu’ils spéculent sur le langage et y réfléchissent, les poèmes refusent de le laisser devenir une abstraction.
Et l’auteur de préciser : « le langage est un élément concret du monde concret ». Et c’est pourquoi les images et les détails concrets sont omniprésents quand certains mots parfois restent indétectables ou modifient l’esprit là où sa contagion s’étend en un tel réseau. Et si quelque chose commence mais sans finir, reste entre le début et la fin un « intermezzo ».
Le titre même du livre met l’accent sur la manière dont le langage progresse constamment, laissant les idées jaillir, circuler et se développer de manière infiniment croissante. Les « et » mettent des éléments reliés en relation ou en tension. Bref,la conjonction « et » met tout en mouvement. « C’est cette alliance rhizomatique et son esprit énergique et égalitaire qui ont motivé cette série de poèmes. », écrit l’auteur.
Pour lui, la machinerie poétique n’est pas un débordement spontané d’émotions : elle découle plutôt d’un engagement direct avec les choses du monde qui sont présentes ici sous un nouveau jour. Certes, selon Svensen, le fondement du livre tient à l’absurdité. Ou plutôt, l’auteur s’intéresse à la manière dont des suggestions et des associations extravagantes et improbables peuvent parfois éclater en une suite de séries et séquences dont chacune est entraînée par l’autre.
jean-paul gavard-perret
Cole Swensen, Et et et, trad. de Maïtreyi & Nicolas Pesquès, Editions Corti, 2025, 120 p. – 18,00 €.