Antonia Pozzi & Paolo Cognetti, Et je chantais à mi-voix un été ancien
Vie et poésie
Et je chantais à mi-voix un été ancien devient une sorte de biographie d’Antonia Pozzi. Paolo Cognetti évoque moins la vie de la jeune poétesse italienne du milieu du 20e siècle qu’il ne la laisse s’exprimer dans ses poèmes, ses lettres et ses photographies. L’auteur permet à Antonia Pozzi, habitée par la poésie, de vivre en elle. Le tout en sept parties, et un épilogue. L’ensemble devient un récit. Le biographe se fait discret, s’efface, au point de réduire son texte à une partie quasi congrue pour s’en remettre aux mots de l’auteure italienne dans son cours d’existence de Milan aux Dolomites, et voir ce qu’elle voyait ou demandait en raison de son mariage avec son professeur de grec.
L’auteur met en regard poèmes, lettres, et photographies, et même les rares pages de journal qui n’ont pas été détruites par sa famille, après sa mort. Preuve que pour Antonia Pozzi, l’écrit se nourrit de sa vie, dont elle s’en remplit. La solitaire, qui n’arrivait pas à se faire aimer, considéra l’écrit comme sa seule existence possible mais parfois aussi sa vie rêvée. Elle s’inventa même un enfant, qu’elle nomma «Annunzio » quand sa poésie reste « mince sillage de silence / au milieu des voix », écrivait-elle, et d’ajouter : « léger souffle blanc / au cœur de l’azur ».
Ces mots ne sont pas sans rappeler la poésie de Beckett et de Rilke tant ils percent « la masse inerte, épaisse, grise, des phrases toutes faites, des mots déjà dits ». Les siens, métamorphosés, deviennent des lumières.
jean-paul gavard-perret
Antonia Pozzi/ Paolo Cognetti, Et je chantais à mi-voix un été ancien, Poèmes, lettres et photographies d’Antonia Pozzi, choisis et racontés par Paolo Cognetti, traduit de l’italien par Anita Rochedy & Thierry Gillyboeuf, Éditions Stock, 2025, 272 p. – 21,90 €.