Charles Delpy, Le dernier souffleur & La chute horizontale

Charles Delpy, Le dernier souffleur & La chute horizontale

« Âme errante dans le vaste théâtre du monde, Charles Delpy a traversé l’existence non pas en ligne droite, mais dans une suite sinusoïdale d’aventures tel un navigateur ballotté par les vents du destin », écrit Jacques Cauda. Le dramaturge est expert dans l’art de la déréliction tout en restant aussi l’orateur de l’impertinence, lui qui n’a cessé de pratiquer nombre de métiers (laveur de voitures, imprimeur, agent commercial pour des étoffes françaises) à Alger où il fut aussi négociateur pour une société italienne, avant, au-delà de l’Atlantique, de collaborer avec l’ancien sénateur de New York pour créer une société de tourisme. Charles Delpy reste un vagabond et surtout l’exilé volontaire de sa propre vie pour explorer, avec une ironie tendre, les recoins oubliés que ces pièces illustrent.

Surgit d’abord le monologue d’un souffleur de théâtre lors de sa dernière représentation. Caché sous la scène, il évoque sa nostalgie, sa dérision, sa révolte. Invisible du public, oublié des comédiens, il a vécu chaque pièce en acteur de l’ombre, respirant et soufflant les mots et les émotions des autres. Ici, il médite sur la mort, la vanité, le désir d’être enfin acteur et s’éteint doucement, dans la lumière déclinante du théâtre, murmurant que toute sa vie fut d’être celle de celui qui qui souffle.

Dans La chute horizontale, quatre personnages, PDG, médecin, ouvrier et clochard se retrouvent enclos sans se souvenir de leur arrivée. Leur incompréhension et leurs tensions grandissent face à l’absurdité de leur situation. En jaillissent l’absurdité de la vie, la confrontation entre conformisme et liberté, la peur de la mort et l’illusion du contrôle. Dans une telle pièce, poésie et imagination deviennent, plus que des échappatoires, le sens (et le non sens) de toute existence.

Apparemment, dans ces pièces, rien ne se passe mais les vies s’enchaînent pour évoquer qui sont de tels « héros » – même le mutique souffleur qui à sa manière pousse sa sourde gueulante, son cri dans le vent. Modestement et comme les autres personnages de l’autre pièce qui tentent non de découvrir leurs motivations mais de devenir qui ils furent ou ce qu’ils deviennent (encore un peu). Le tout dans le mécanisme presque magique des œuvres de Delpy. Son plaisir d’écrire est proportionnel aux qualités de son esprit là où beaucoup arrivent vers leur fin.

Charles Delpy, Le dernier souffleur. La chute horizontale ,Théâtre, Editions ED, 2026, 122 p. – 18, 00 €.

Laisser un commentaire