Claire Vaudey, Histoire de Philomène

Claire Vaudey, Histoire de Philomène

Le processus de création de Claire Vaudey est particulier. En effet, avant de commencer à peindre, elle exécute une maquette qui consiste à ordonner sur une table certains éléments que l’on retrouve souvent d’une œuvre à l’autre : des planchettes de bois et des objets comme des échelles, des draperies et des petits animaux. On note que ces organisations spatiales obéissent à des équilibre géométriques organisés et réfléchis.

Philomène est à sa manière la fille de la lumière. Mais ici, Claire Vaudey la métamorphose. Celle qui fut sainte, vierge et martyr et qui a fait l’objet d’un culte n’est plus présentée en manière d’adoration passive. Même si, sans l’histoire catholique et romaine, elle fait l’objet d’une vénération importante (et que des miracles lui sont attribués).

Exit ici la fête liturgique et les images pieuses. Et si, selon une légende, Philomène aurait protégé les hommes partis à la guerre, ici elle devient beaucoup plus énigmatique et prégnante. Elle devient un piège du regard en une telle quête, esthétique, plastique où elle se transforme en bestiaire et symbole ailé. Des oiseaux créent une organisation spatiale qui obéit à des équilibres géométriques organisés et réfléchis.

Pour animer les mises en scène de Philomène, l’artiste fait jouer la lumière sur des « objets » qu’elle photographie en une composition qu’elle modifie sur son ordinateur en rajoutant des images empruntées parfois aux peintres anciens. Lorsque ce travail lui semble abouti, Claire Vaudey peint à la gouache ses composition dans des tonalités électriques.

Le théâtre de Philomène devient un imaginaire dont les fenêtres n’ouvrent que sur des aplats de couleurs luminescents. C’est aussi le théâtre de la peinture elle-même, constitué de couleurs, d’ombres, de lumières et de surfaces. Le réalisme apparent et la mythologie sont mis en abyme, moins par l’abstraction que la transfiguration inattendue.

Existe donc un glissement d’un registre à l’autre. Le regard se faufile dans un monde certes mystique mais beaucoup plus. Les couleurs sont frontales, là où la perception du mythe et de l’imaginaire est brouillée. Nous passons derrière un miroir. Et nous sommes surpris par l’énergie qui se dégage d’une telle « Vanité » reprise et mystérieuse. Philomène en de tels « portraits » transporte notre vision et nos pensées dans un univers coloré qui oublie son vieux symbole : il est réincarné.

Claire Vaudey, Histoire de Philomène, Maeght éditions, Paris, 2025 – 140,00 €.

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