Karibou & Josselin Duparcmeur, Jeanne & Cierges
Une réécriture du destin de Jeanne d’Arc
Un angelot finit son rapport à Dieu le Père en l’informant que Jeanne, qui a entendu les voies divines, accepte de libérer le royaume de France de ses envahisseurs. Dieu est étonné car il n’a parlé à personne. Il l’a fait trois fois sans être compris. Depuis, il a abandonné. Or, Jeanne persiste et annonce sa destinée à ses proches.
Pour régler ce malentendu, il se présente, en rêve, à la jeune fille, sous la forme habituelle dont on l’affuble, celle d’un vieillard. Elle est très déçue car elle pensait à quelqu’un de jeune et musclé. Mais comment convaincre cette gamine qui ne lui a jamais demandé une telle chose. Il décide de se matérialiser pour la convaincre.
De quiproquos en malentendus, Dieu et Jeanne vont suivre les différentes étapes du périple, le cheminement vers Chinon, la rencontre avec le roi, avec Gilles de Rais, la délivrance d’Orléans, les campagnes guerrières, le couronnement, la capture, le procès et le supplice.
Le récit se présente en historiettes d’une planche et passe intégralement par des dialogues. C’est un feu d’artifices de réparties, d’échanges d’opinions, d’arguties, d’arguments nourris de références religieuses, bibliques, de sujets de société très actuels ou hardiment décalés. C’est drôle, truculent, assorti de réflexions d’un solide bon sens. Ainsi, Jeanne félicite Dieu de l’avoir choisie, de ne pas faire preuve de sexisme. Alors qu’il affirme n’avoir jamais été sexiste, elle lui demande de citer au moins une prophète femme. Elle évoque également la punition divine d’Adam et Eve. L’une doit enfanter dans la douleur alors que l’autre n’a pas grand-chose. Dieu cite alors le problème de la dernière goutte de pipi qui ne tombe pas et souille les sous-vêtements.
Le scénariste use également d’un comique de répétition avec l’andouillette de Chinon, le fait que Dieu n’a jamais rien demandé à Jeanne. Cela ressort régulièrement sous des formes diverses et drolatiques.
Les auteurs montrent une Jeanne pugnace, faisant preuve d’une forte capacité de réparties et un Dieu le Père parfois dépassé.
Le titre n’est-il pas aussi une parodie de Jeanne et Serge, cette série d’animation tirée d’un manga éponyme en trois volumes diffusé au Japon entre 1984 et 1985 ?
Josselin Duparcmeur assure un graphisme réaliste, usant de peu de traits mais suffisamment évocateurs des situations. Il retient une progression en utilisant plusieurs fois une case identique plus ou moins modifiée. La colorisation est faite avec des aplats verts.
Après Salade César, Waterlose, Troie Zéro, où les auteurs mettaient en scène, d’une manière pas spécialement gratifiante Jules César, Napoléon et les héros de la guerre de Troie, ils livrent un nouvel album, drôle à souhait, réécrivant le destin de Jeanne d’Arc. Irrésistible !
serge perraud
Karibou (scénario) & Josselin Duparcmeur (dessin et couleur), Jeanne & Cierges, Delcourt, Label Pataquès, avril 2025, 64 p. – 13,50 €.