Chuck Samuels, Before the Camera

Chuck Samuels, Before the Camera

Chuck Samuels le dynamiteur

Le photographe Chuck Samuels vit et travaille à Montréal. Depuis les années 80, il est devenu un photographe d’envergure internationale, non sans raisons puisqu’il est un des iconoclastes les plus acerbes et ironiques Puisant son inspiration dans le cinéma, la psychanalyse, l’histoire de l’art, la publicité, les médias et les cultures souterraines (queer entre autres), l’artiste sème le trouble dans ses photographies aux narrations plurivoques en utilisant autant le noir et blanc que la couleur ou en jouant des hors champs ou des déformations de l’image.
Sous le titre  Before the Camera/Devant l’objectif, dans les années 90 il a présenté une série qui fit scandale au Québec. L’artiste s’y fit son propre « modèle » en reconstitutions fidèles de douze photographies de nus féminins réalisées par des photographes très connus. Samuel proposa à dessein une parodie criarde qui ouvrait la critique du rôle joué par le modèle devant l’œil du photographe lambda. Cette exposition est reprise à New-York.

Le photographe ne cesse d’asséner ses coups de marteau photographiques. Il ouvre des controverses sur la « morale » que l’on peut accorder à son médium de prédilection. Chuck Samuels aime dérouter plus que choquer. Les tabous sont secoués en différents amalgames volontaires. L’œuvre milite – par la bande – contre le triomphe de ceux que le nu fait hurler ou saliver. Néanmoins, le choc de ses photographies est un contre-feu à ceux que le médium se plaît à fomenter.
A la violence implicite, l’artiste répond par sa propre cruauté et crudité. Son travail permet une réflexion sur la « valeur » et la puissance de l’image photographique en reposant les questions centrales : pourquoi ou comment photographier l’horreur ou le désir ? Comment et pourquoi mettre en scène les forces d’Eros et de Thanatos là où l’image semble la plus littérale et la plus proche du réel ?

Ses photos où règne souvent un mouvement du scandale posent le devenir de l’art, le « monstre » et l’humanité tumultueuse à laquelle Socrate voulut mettre un terme en lui offrant une éternité : entendons le Bien, le Dieu en un prélude ou plutôt une pré-lourdeur monothéiste.
Quoique souvent fustigées par les censeurs qui tapent fort là où l’on se demande parfois quel « mal » recèlent de tels clichés, les photographies de Samuels sont bien moins scandaleuses que celles qui se plaisent à caresser le « goût » de la majorité. Controversée, l’œuvre renverse de manière crue, perverse et drôle l’enfer et le paradis. Nous sommes confrontés à une nouvelle subjectivité dans un univers qui – en une sorte de fin de l’histoire – se remet en mouvement.

jean-paul gavard-perret

Chuck Samuels, Before the Camera, ChampArt, New York, Fevrier-mars 2016.

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